Le bilan 2024 des Aéroports du Cameroun (ADC) a de quoi séduire les décideurs : 1,77 million de passagers, en hausse de 5,6 %, tirés par la vitalité des vols internationaux. Le pays confirme son rôle de hub en Afrique centrale, Douala et Yaoundé-Nsimalen concentrant désormais l’essentiel des flux.
Mais derrière ce succès apparent se cache une fracture inquiétante. Le trafic domestique s’effondre de 17 %, reflet des déboires chroniques de Camair-Co et d’un désintérêt manifeste pour la connectivité nationale. Les aéroports secondaires, de Bamenda à Maroua, tournent au ralenti, perdant passagers et fret, tandis que les capitales captent l’essentiel des investissements.
Ce déséquilibre n’est pas anodin. Il nourrit les inégalités régionales et isole davantage des zones déjà fragiles. Dans un pays vaste et enclavé comme le Cameroun, l’affaiblissement du réseau domestique menace directement la mobilité des citoyens, l’intégration économique et même la cohésion nationale.
À force de célébrer la croissance du trafic international, les autorités risquent d’oublier l’essentiel : un ciel ouvert sur le monde ne vaut rien si les Camerounais eux-mêmes ne peuvent circuler librement dans leur propre pays. La véritable urgence est de réinventer l’offre intérieure, de sauver ou remplacer Camair-Co et de redonner vie aux aéroports secondaires. Sans cela, le Cameroun brillera sur la carte aérienne mondiale, mais ses citoyens resteront cloués au sol.
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