Cameroon

Aluminium : le Cameroun encaisse une perte de 3 milliards FCFA et Alucam s’enfonce dans la tourmente

Le Cameroun voit fondre ses recettes issues de l’aluminium brut. Au premier trimestre 2025, les exportations ont reculé de 27,7 %, passant de 11 000 à 8 000 tonnes, selon le dernier rapport de l’Institut national de la statistique (INS). Résultat : une perte sèche estimée à 3 milliards de FCFA sur un an, les revenus tombant à 11 milliards contre 14 milliards à la même période en 2024. Ce nouvel épisode de baisse illustre la lente descente aux enfers d’Alucam, fleuron industriel autrefois florissant, aujourd’hui plombé par des difficultés structurelles et une gestion publique aux résultats mitigés.

Depuis le retrait du géant canadien Rio Tinto en 2015, Alucam n’a jamais retrouvé son équilibre. Devenue propriété intégrale de l’État camerounais, l’entreprise peine à moderniser ses installations et à maintenir un niveau de production compétitif. Entre déficit chronique et charges d’exploitation écrasantes, la société accumule les contre-performances : -23,7 milliards FCFA en 2024, après -23,6 milliards en 2023, et une série de résultats négatifs quasi ininterrompue depuis 2019. Une situation symptomatique d’un modèle industriel étatique à bout de souffle, où la survie dépend davantage de l’injection de fonds publics que de la rentabilité opérationnelle.

Un espoir renaît toutefois avec la construction de l’usine de transformation d’aluminium de Proalu SA, filiale du groupe Prometal, dont la première pierre a été posée en septembre 2025 à Douala. Prévue pour 2027, cette unité industrielle s’approvisionnera exclusivement auprès d’Alucam, avec à la clé un contrat annuel de 48 milliards FCFA et jusqu’à 10 milliards d’avances de trésorerie. Un partenariat qui pourrait redonner de l’oxygène à la société étatique et marquer le début d’une véritable chaîne de valeur locale, encore trop embryonnaire dans le secteur des métaux non ferreux.

Mais entre promesses industrielles et réalités financières, le fossé reste immense. La relance d’Alucam dépendra non seulement de la réussite du projet Proalu, mais aussi d’une réforme en profondeur de sa gouvernance et de sa stratégie de production. Tant que le Cameroun continuera d’exporter principalement de la matière brute, sans transformer localement son aluminium, il restera prisonnier d’un modèle perdant : celui où la valeur ajoutée s’évapore, et où les pertes, elles, demeurent bien réelles.

Mimi Mefo Info Francais (Editor)

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