La tension monte à Yaoundé. Ce vendredi après-midi, le président Anicet Georges Ekane, Djeukam Tchameni et le professeur Jean Calvin Aba’a Oyono ont été déférés au Parquet du Tribunal militaire de Yaoundé sous forte escorte. Il était exactement 13 h 39 lorsque les trois figures politiques ont quitté le Secrétariat d’État à la Défense (SCRJ), où ils étaient détenus depuis plusieurs jours. D’après les premières informations relayées par leur équipe de défense, 55 autres citoyens arrêtés à Yaoundé, Garoua et Djoum connaissent actuellement le même sort.
Les avocats constitués autour de Me Hippolyte BT Meli assurent avoir recueilli des données primaires sur les conditions d’arrestation et de détention, en vue d’un rapport provisoire attendu dans les prochaines heures. Une démarche qui vise à documenter ce que plusieurs défenseurs des droits humains qualifient déjà de vague de répression politique sans précédent depuis le début des tensions postélectorales.
Pour l’heure, le commissaire du gouvernement près le Tribunal militaire garde le silence sur la suite judiciaire à donner à ces déferrements. Plusieurs scénarios restent possibles : un retour temporaire en garde à vue pour complément d’enquête, ou un transfert immédiat à la prison centrale de Kondengui, en cas d’inculpation formelle. Ce flou juridique alimente l’inquiétude des proches, tandis que les observateurs dénoncent une justice de plus en plus instrumentalisée à des fins politiques.
Au-delà des cas individuels, cette série d’arrestations massives ravive le débat sur l’usage des juridictions militaires pour juger des civils, une pratique régulièrement critiquée par les organisations internationales. Dans un Cameroun où la tension politique s’intensifie à l’approche de 2025, ce nouvel épisode résonne comme un test grandeur nature pour l’État de droit et la liberté d’expression. Les heures à venir seront décisives pour savoir si la justice militaire choisira la voie du droit ou celle du rapport de force.
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