La justice confirme Cabral Libii à la tête du PCRN
C’est une ordonnance judiciaire qui pourrait peser lourd sur le climat politique à l’approche de la présidentielle d’octobre 2025. Ce lundi, le président du Tribunal de Première Instance de Mfou, Me Nana Marcel Aimé, a autorisé l’homme politique Kona Robert à assigner en urgence, selon la procédure d’heure à heure, plusieurs cadres et militants du Parti Camerounais pour la Réconciliation Nationale (PCRN), dont Cabral Libii Li Ngué, le président national contesté. Derrière cet acte judiciaire se cache une nouvelle séquence dans la guerre de légitimité qui déchire le PCRN depuis des mois. À travers cette action, Robert Kona cherche à empêcher Cabral Libii de représenter le parti à l’élection présidentielle, au motif qu’il n’en serait plus le représentant légitime.
Le contenu de l’ordonnance est sans équivoque : Kona Robert conteste la capacité de Cabral Libii à engager le parti et à se porter candidat en son nom aux prochaines élections. Il invoque notamment des irrégularités présumées lors des résolutions adoptées par le Congrès du PCRN à Nkoldongo, et estime que Cabral Libii ne détient plus la légitimité nécessaire.
Le tribunal, constatant l’urgence et le péril à demeurer, a autorisé une procédure d’assignation en référé d’heure à heure, un mécanisme réservé aux cas où le danger est jugé immédiat et grave. Ce recours express permet de convoquer les adversaires devant le juge dans des délais particulièrement brefs, souvent en l’espace de quelques heures, afin d’éviter des conséquences jugées irréparables.
Cette affaire judiciaire met en lumière des divergences profondes entre les deux factions qui s’opposent désormais au sein du PCRN. Il y a quelques mois, la branche conduite par Robert Kona avait publiquement apporté son soutien au président de la République, Paul Biya, le présentant comme « l’unique solution pour l’avenir du Cameroun ». Une posture diamétralement opposée à celle de Cabral Libii, qui depuis plusieurs années s’est affirmé comme l’un des opposants les plus déterminés à succéder au chef de l’État.
Cabral Libii, alors jeune espoir de la politique, avait marqué les esprits lors de l’élection présidentielle de 2018 en terminant troisième sous la bannière du parti UNIVERS, avec un score de plus de 6 % des suffrages exprimés. Ce résultat avait été perçu comme une percée impressionnante pour un premier essai. Depuis lors, l’homme politique n’a cessé de travailler à imposer le PCRN comme une alternative crédible, multipliant les initiatives pour faire sortir ce jeune parti de l’ombre, engrangeant au passage des sièges à l’Assemblée nationale et plusieurs communes lors du double scrutin de 2020.
Mais alors que Cabral Libii a porté le PCRN sur la scène nationale à la force de ses convictions, ses soutiens dénoncent aujourd’hui ce qu’ils qualifient de « manœuvres opportunistes » de Robert Kona, qui chercherait à saboter les efforts accomplis en instrumentalisant les institutions judiciaires.
Cette bataille interne ne se déroule pas sans interférences extérieures. Le ministre de l’Administration Territoriale, Paul Atanga Nji, réputé proche du pouvoir, est ouvertement cité dans cette affaire. Lors d’une récente interview à la CRTV, il a lui-même affirmé qu’il était l’artisan du rapprochement entre Cabral Libii et Robert Kona, facilitant l’accès de Cabral Libii à l’appareil politique du PCRN pour lui permettre de participer au double scrutin de 2020.
Aujourd’hui, le même ministre semble soutenir, en coulisses, le camp Kona dans son offensive judiciaire. Une implication qui n’a pas manqué de raviver les accusations d’instrumentalisation politique de la justice pour affaiblir l’opposition.
L’ordonnance précise que la décision est « exécutoire sur minute et avant enregistrement », ce qui signifie qu’elle produit des effets immédiats sans attendre les formalités administratives. Le tribunal se réserve aussi la possibilité d’intervenir à nouveau si des difficultés surgissent.
Outre Cabral Libii, c’est une trentaine de membres et cadres du parti qui sont concernés par cette assignation : Ousmanou Malpetel, Boubakari Massardine, Garga Waguie, Gotano Pierre, Ndouwe Honoré Félix, Max Ekongo, Christian Ndjor Nkongo, René Macecy Nyobe, Jean-Louis Batoum, et bien d’autres.
Ce nouvel épisode judiciaire confirme la crise profonde qui gangrène le PCRN. Fondé sur l’ambition de réconcilier les Camerounais autour d’un projet politique neuf, le parti est désormais absorbé par ses querelles internes, bien loin des priorités de l’électorat.
À mesure que l’échéance électorale approche, l’incertitude grandit sur la capacité du PCRN à présenter un candidat unique et reconnu. Si la justice venait à trancher en faveur de Kona Robert, le parti risquerait d’être déchiré entre deux lignes irréconciliables, l’une fidèle à Cabral Libii, l’autre se rangeant derrière les soutiens du pouvoir en place.
Au-delà du contentieux juridique, cette assignation est le symptôme d’une opposition fragilisée, infiltrée, fracturée. Cabral Libii, qui se rêvait en challenger crédible de Paul Biya, pourrait voir son ambition brisée non par l’adversité électorale, mais par une guerre intestine savamment alimentée.
Le dénouement de ce feuilleton judiciaire dira si le PCRN reste une force politique indépendante ou s’il sombre dans les jeux d’influence d’un système qui, manifestement, n’a jamais cessé de tirer les ficelles.
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