Cameroon

Cacao : le Cameroun rattrapé par la chute brutale des prix mondiaux

Après avoir connu une envolée historique à plus de 6 000 FCFA le kilogramme, le cacao camerounais s’effondre. En ce début de campagne 2025-2026, la fève se négocie entre 2 639 et 2 839 FCFA au port de Douala, et à peine 2 400 à 2 700 FCFA dans les zones de production. Un revers inattendu pour les planteurs, alors que les autorités tablaient sur une fourchette optimiste de 3 200 à 5 400 FCFA le kilogramme. Cette dégringolade, révélée par le Système d’information des filières (SIF), traduit le retour brutal du Cameroun à la réalité d’un marché mondial qui, après trois années de tension, sature désormais de fèves.

Derrière cette chute, un bouleversement de l’équilibre international. L’Amérique latine, en particulier l’Équateur, inonde le marché. Le pays andin, dont la production dépasse désormais 650 000 tonnes, s’impose comme un nouveau géant du cacao et menace de détrôner le Ghana au deuxième rang mondial, derrière la Côte d’Ivoire. Résultat : une offre excédentaire estimée à 186 000 tonnes pour la campagne mondiale 2025-2026, selon les analystes des marchés de matières premières. Les coûts, qui avaient flambé durant la période 2022–2024 sous l’effet des aléas climatiques en Afrique de l’Ouest, ont perdu près d’un tiers de leur valeur depuis le début de l’année.

Pour le Cameroun, cette correction a un goût amer. Malgré une progression de 16 % des volumes exportés (309 528 tonnes entre août 2024 et juillet 2025 contre 266 710 l’année précédente), la filière risque de voir ses revenus chuter. L’embellie économique qu’avait apportée la flambée du cacao, contribuant à une croissance du PIB de 3,5 % en 2024, semble déjà compromise. Les producteurs, qui avaient investi sur la base de prix records, se retrouvent aujourd’hui piégés par un effondrement qu’aucune politique d’amortissement interne n’a anticipé.

Dans ce contexte, la question de la résilience du modèle camerounais se pose avec acuité. Dépendant des fluctuations de la Bourse de Londres, le pays subit de plein fouet la volatilité d’un marché dominé par les grandes puissances exportatrices et les traders internationaux. Sans mécanismes de stabilisation des revenus ni stratégie de transformation locale ambitieuse, le Cameroun reste prisonnier d’un cycle de dépendance qui fragilise à la fois les planteurs et l’économie nationale. L’euphorie du cacao à 6 000 FCFA paraît déjà loin ; place désormais à l’incertitude et au désarroi des campagnes.

Mimi Mefo Info Francais (Editor)

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