Cameroon

Cameroun : coup de rabot sur les droits de douane pour les produits à haut rendement fiscal

Depuis le 5 août, les importateurs de produits à forte valeur fiscale bénéficient d’une réduction drastique de droits de douane, évaluée à 60 %. Véhicules de tourisme, bus de transport en commun, concentrés de tomate, carreaux, vaisselle, machines à laver, articles d’hygiène… autant de marchandises désormais moins taxées à leur entrée sur le marché camerounais. Cette mesure s’inscrit dans la troisième phase du démantèlement tarifaire prévu par l’Accord de partenariat économique (APE) entre le Cameroun et l’Union européenne. Mais derrière la promesse de fluidifier les échanges, une question brûlante demeure : à qui profite réellement cette ouverture ?

L’APE, en vigueur depuis août 2016, avait d’abord ciblé des biens considérés comme essentiels pour la population, tels que les produits pharmaceutiques ou les engrais, exonérés à 100 %. Puis, ce fut au tour des intrants destinés à soutenir la production locale – ciment, machines industrielles, véhicules de transport de marchandises – de passer à la gratuité douanière. La troisième vague, entamée en janvier 2021 mais retardée par la crise sanitaire, frappe différemment : elle concerne cette fois des produits à haut rendement fiscal, autrement dit ceux qui rapportaient le plus au Trésor public.

Pour les défenseurs de l’APE, cette baisse des barrières tarifaires doit stimuler la concurrence et faire baisser les prix pour les consommateurs. Sauf que, sur le terrain, rien ne garantit que les importateurs répercuteront cette réduction sur l’étiquette. Au contraire, certains économistes craignent une perte nette pour les caisses de l’État, dans un contexte budgétaire déjà fragile. La dépendance accrue vis-à-vis des importations européennes pourrait aussi fragiliser encore davantage la production locale, incapable de rivaliser en termes de prix et de qualité.

En toile de fond, c’est tout l’équilibre économique qui est en jeu. Le Cameroun devra compenser ces manques à gagner fiscaux, tout en veillant à ce que l’APE ne devienne pas un simple boulevard offert aux produits européens au détriment des producteurs nationaux. Car si l’accord vise la réduction de la pauvreté et l’amélioration du bien-être, l’histoire récente des échanges inégaux rappelle qu’entre les intentions et les effets réels, le fossé peut être large.

Gilles Noubissi

Recent Posts

INTERPOL Recovers Over $105 Million in Illicit Funds in 21 African Countries, Including Cameroon

By Tata Mbunwe A major operation by world's largest international police organization, INTERPOL, has led…

3 hours ago

Cameroon Steps Up Maritime Security Operations Against Smuggling

By Njoh Linda Cameroon has stepped up maritime security operations along its southwestern coast, with…

4 hours ago

« Mora par exemple » : quand une affectation devient une punition

Mercredi 21 octobre, sur le plateau d’A1 TV, à la suite des violences survenues au…

8 hours ago

Cameroon Takes Proactive Measures Against Ebola After Nigeria Confirms First Case

Cameroon has placed its health system on high alert and is adopting proactive measures to…

11 hours ago

Inside the Alleged Intelligence Pipeline Linking Amougou Belinga to Cameroon’s Spy Service

An investigation by Jeune Afrique, earlier inquiry records and testimony at the Martinez Zogo trial…

1 day ago

Condamné à Paris, le ministre délégué à la Justice Jean de Dieu Momo visé par une menace de saisie sur les comptes de l’État du Cameroun

Maître Félicité Esther Zeifman annonce vouloir faire saisir des fonds appartenant à l'État du Cameroun…

1 day ago