Economy

Cameroun : une hausse des recettes fiscales qui cache des fragilités inquiétantes

À première vue, les chiffres publiés par le ministère des Finances camerounais pour le premier trimestre 2025 semblent positifs : les recettes fiscales affichent une progression de 2,3%, atteignant 997,7 milliards de FCFA. Cette légère augmentation, présentée comme le fruit d’une “résilience de la mobilisation fiscale”, masque pourtant une réalité plus contrastée. Dans un contexte de baisse des revenus pétroliers, cette performance apparente mérite un examen approfondi, car elle révèle des déséquilibres structurels préoccupants pour l’économie camerounaise.

Derrière l’optimisme affiché se cache un recul significatif de 4,8% des impôts et taxes proprement dits. Cette baisse, attribuée officiellement à un “ralentissement de certaines activités économiques” et à des “difficultés persistantes de recouvrement”, interroge sur la santé réelle du secteur productif. Comme le note l’économiste Laurice Serge Eteki, cette contraction aurait pu être plus sévère sans le rebond compensatoire de la fiscalité douanière et des recettes non fiscales. Un constat qui soulève des questions sur la solidité de la base économique hors secteur extractif.

Face à ces résultats mitigés, le gouvernement mise sur une modernisation accrue de l’administration fiscale. Digitalisation des procédures, renforcement des contrôles et élargissement de l’assiette fiscale constituent les piliers de cette approche. La Direction générale des Impôts affirme avec conviction que ces mesures “vont définitivement améliorer le rendement des recettes”, notamment en luttant contre la fraude et l’évasion fiscale. Un discours ambitieux qui contraste avec la persistance des difficultés de recouvrement dans certains secteurs.

Entre résilience affichée et vulnérabilités persistantes

Si les autorités se félicitent d’avoir maintenu la trajectoire des recettes malgré le recul des revenus pétroliers, cette performance relative ne doit pas occulter les défis structurels. La dépendance aux recettes douanières et non fiscales pour compenser la faiblesse des impôts directs révèle une économie encore en transition, cherchant son équilibre dans un contexte de diversification contrainte. La vraie question reste celle de la soutenabilité de ce modèle : jusqu’à quand les compensations pourront-elles pallier les défaillances du cœur du système fiscal ?

Cette légère hausse des recettes, bien que positive dans l’absolu, ressemble davantage à un répit qu’à une véritable consolidation des finances publiques. Elle témoigne des efforts entrepris mais aussi des limites d’une stratégie qui peine à transformer en profondeur la mobilisation des ressources internes. Le chemin vers une autonomie fiscale durable semble encore long pour Yaoundé.

Mimi Mefo Info Francais (Editor)

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