Cameroon

Corruption au Cameroun : la CONAC annonce une baisse record des pertes, mais les doutes persistent

Le Cameroun n’aurait perdu “que” 4 milliards de FCFA à cause de la corruption en 2024, contre 114 milliards l’année précédente. Ce chiffre spectaculaire, rendu public par le président de la Commission nationale anti-corruption (CONAC), Dr Dieudonné Massi Gams, lors de la présentation du rapport annuel le 27 août, a été accueilli comme un signe encourageant. Mais au-delà des applaudissements officiels, cette annonce soulève une question essentielle : assiste-t-on réellement à une avancée structurelle dans la lutte contre ce fléau, ou seulement à une embellie statistique difficile à vérifier ?

La cérémonie, qui a réuni ministres, diplomates, représentants de la société civile et partenaires internationaux comme Transparency International, a été l’occasion de vanter les efforts conjoints du Tribunal pénal spécial et de la Société nationale de recouvrement de la dette. Ces institutions sont créditées d’un rôle clé dans le recouvrement des fonds publics détournés. Pourtant, sur le terrain, la perception des citoyens reste contrastée : beaucoup peinent à croire que la corruption ait pu s’effondrer en une seule année, dans un pays où les pratiques illicites gangrènent encore les services publics, la passation des marchés et l’accès aux droits les plus élémentaires.

Le rapport se veut ambitieux et projette une intensification des mesures de prévention et de sanction. La CONAC insiste sur la “volonté politique accrue” de rompre avec l’impunité et promet une meilleure coordination entre organes judiciaires, administratifs et financiers. Mais là encore, le scepticisme domine : les grandes déclarations ne suffisent pas à masquer l’absence de poursuites exemplaires contre des responsables de haut rang, alors que la population continue de dénoncer des “sacrifiés” choisis parmi les échelons intermédiaires de l’administration.

En définitive, si la baisse des pertes annoncée en 2024 paraît spectaculaire, elle interroge davantage qu’elle ne rassure. L’opinion publique attend moins de chiffres spectaculaires que d’actes tangibles : des procès crédibles, des sanctions effectives et une véritable transparence dans la gestion des affaires publiques. Tant que ces gages ne seront pas posés, la lutte contre la corruption restera perçue comme un exercice de communication plus que comme une révolution en marche.

Gilles Noubissi

Recent Posts

Chad signs LaLiga partnership to develop football and support national academy

Chad’s Ministry of Youth and Sports has signed a multi-year partnership with Spain’s LaLiga to…

5 hours ago

Les notables Boneleke sonnent la charge contre le gouverneur et le « sacre » de « King Akwa »

Le collège des notables de Boneleke, qui se dit coutumièrement compétent pour choisir le chef…

13 hours ago

Maroua: New Mechanical Sweeper Faces the Persistent Challenge of Insanitary Conditions

The fight against insanitary conditions in Maroua is taking a new step with the arrival…

17 hours ago

Why Cameroon does not celebrate 1 October as Reunification Day

Sixty-five years after reunification, Cameroon gives its main national celebration to the constitutional change that…

2 days ago

Limbe Pastor Arrested for Allegedly Beating 13-year-old Girl to Death

A Limbe-based pastor, Mbah Michael, founder of Christ Accomplishment Ministry International, has been arrested in…

2 days ago

Crise anglophone : sept ans après, l’appel de Michelle Bachelet à un dialogue constructif reste d’actualité

À l'occasion du 1er octobre, La Nouvelle Expression ressort l'appel lancé en octobre 2019 par…

2 days ago