Cameroon

Dette extérieure : la Chine détient 65 % de la dette bilatérale du Cameroun

À fin juin 2025, la Chine s’impose comme le principal créancier bilatéral du Cameroun, avec 65 % de la dette bilatérale du pays, soit 20,2 % de la dette extérieure totale, évaluée à 2 648,3 milliards de FCFA. Ce poids représente plus du double de celui de la France, pourtant partenaire historique, qui ne détient que 25,6 % de la dette bilatérale, correspondant à 8 % de la dette extérieure. Ce basculement traduit une réorientation nette des financements extérieurs du Cameroun vers l’Empire du Milieu, notamment dans les secteurs des infrastructures et de l’énergie.

La domination chinoise s’explique par une décennie de prêts massifs soutenus par Eximbank China, la banque publique chinoise, dans le cadre de projets structurants : routes, barrages, ponts, télécommunications. Ces prêts sont « liés », c’est-à-dire que les contrats sont automatiquement attribués à des entreprises chinoises comme Sinohydro, CHEC, CCCC, Huawei ou ZTE. Si ces partenariats ont permis de lancer d’importants chantiers, ils s’accompagnent de conditions de remboursement rigides et d’un service de la dette de plus en plus pesant.

En effet, sur les seuls trois premiers mois de l’année 2024, le Cameroun a versé à Eximbank un total de 148,2 milliards de FCFA, dont 34,7 milliards en intérêts. Ce remboursement représente la charge la plus lourde que le pays ait supportée sur cette période, tous bailleurs confondus. Une telle pression financière limite la capacité du gouvernement à investir dans d’autres secteurs clés comme la santé, l’éducation ou le développement local.

Déjà en 2019, face à ces contraintes, le Cameroun avait dû négocier un rééchelonnement d’environ 150 milliards FCFA de sa dette envers la banque chinoise, portant sur 22 projets. Mais ces mesures temporaires ne résolvent pas la question de fond : le recours massif aux financements non concessionnels aggrave la vulnérabilité budgétaire du pays. Alors que la dette chinoise continue de croître, la dépendance du Cameroun soulève des inquiétudes sur sa souveraineté financière et la durabilité de son modèle de développement.

Gilles Noubissi

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