Cameroon

Douala : le Bus Rapid Transit, promesse d’efficacité ou mirage urbain à 335 milliards FCFA ?

Annoncé comme une révolution pour la mobilité urbaine, le Bus Rapid Transit (BRT) de Douala devrait générer plus de 54 milliards FCFA de gains de temps par an, selon la Banque mondiale. Présenté le 11 septembre par sa représentante Anne-Cécile Souhaid, ce projet colossal de 335,3 milliards FCFA (financé en grande partie par un prêt de 261 milliards) ambitionne de transporter plus de 600 000 passagers par jour, réduisant leurs trajets de 90 minutes en moyenne. Mais derrière ces projections séduisantes, les interrogations demeurent : la capitale économique du Cameroun saura-t-elle réellement tirer profit de cet investissement stratégique ?

La nécessité d’un tel projet ne fait guère débat. Avec plus de 3 millions de trajets motorisés quotidiens, dont 60 % assurés par des mototaxis, Douala vit au rythme de la congestion, de la pollution et de la précarité des services de transport. Le BRT, avec ses quatre lignes, 27 km de voies dédiées, 44 stations et 80 km de rabattement, apparaît comme une réponse structurelle aux désordres actuels. Toutefois, la réussite d’un tel système dépendra moins des infrastructures que de la capacité des autorités à encadrer l’informel, intégrer les opérateurs locaux et instaurer une gouvernance transparente, deux points souvent négligés dans les grands projets publics.

Au-delà de la mobilité, le BRT promet des retombées économiques majeures : 200 000 emplois accessibles en moins d’une heure contre 13 % aujourd’hui, des milliers d’emplois créés dans le BTP et les services urbains, et un nouvel élan pour l’écosystème entrepreneurial, des start-up de mobilité aux PME technologiques. Mais les expériences passées rappellent que les bénéfices affichés ne se concrétisent pas toujours. Entre retards de chantiers, coûts réévalués et gestion approximative, les Camerounais restent prudents face aux annonces spectaculaires qui ne tiennent pas toujours leurs promesses.

Dans une Afrique centrale où les métropoles rivalisent pour attirer capitaux et investisseurs, Douala joue une carte décisive. Le BRT pourrait transformer la ville en vitrine régionale de résilience et de compétitivité. Mais pour que cette promesse ne se dilue pas dans les embouteillages habituels, il faudra plus qu’un prêt de la Banque mondiale : une volonté politique ferme, une gouvernance rigoureuse et une vision claire de l’inclusion sociale. Sans cela, le projet risque de n’être qu’un mirage coûteux au lieu d’une véritable révolution urbaine.

Mimi Mefo Info Francais (Editor)

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