Cameroon

Elecam prépare un double scrutin dans l’opacité et la précipitation

À quelques semaines de la présidentielle du 12 octobre 2025, Elections Cameroon (Elecam) jette le trouble en envisageant la tenue concomitante des élections régionales. Dans une note interne datée de lundi, son directeur général, Erik Essousse, a ordonné aux chefs d’antenne d’actualiser d’urgence les fichiers des grands électeurs (conseillers municipaux et chefs traditionnels) avec un délai fixé au 29 août. Une course contre la montre qui donne l’impression d’une improvisation permanente, comme si les règles du jeu démocratique étaient ajustées à la dernière minute.

Cette « anticipation » présentée par Elecam n’a pas manqué de susciter des critiques. Pour l’opposition, il s’agit d’une manœuvre calculée. « Le régime cherche à noyer la présidentielle dans un flot d’élections afin de brouiller le débat politique et d’épuiser les forces d’opposition », dénonce un cadre du Social Democratic Front (SDF). Même son de cloche du côté du Manidem, dont le candidat à la présidentielle, Maurice Kamto, met en garde contre « une confusion volontairement entretenue pour verrouiller le processus électoral et empêcher toute lisibilité du vote des Camerounais ».

Des observateurs indépendants partagent ces inquiétudes. « Reprendre les fichiers de 2020 et demander simplement de retirer les morts ou d’ajouter de nouveaux chefs traditionnels, c’est une mise à jour purement administrative, pas une réforme sérieuse », explique un spécialiste des questions électorales basé à Yaoundé. Pour lui, ce bricolage institutionnel traduit une absence de préparation et risque d’entacher la crédibilité des deux scrutins.

Au-delà de la logistique, le couplage éventuel des élections régionales et de la présidentielle soulève une question politique majeure : à qui profite cette confusion ? Dans un pays où l’appareil municipal et une partie des chefferies traditionnelles restent sous influence du parti au pouvoir, le Rassemblement Démocratique du Peuple Camerounais (RDPC), cette précipitation pourrait jouer comme un levier d’avantage partisan. « Tout est fait pour que les Camerounais se rendent aux urnes dans le flou, et qu’à la fin seul le régime sorte gagnant », tranche un militant de la société civile. Reste à savoir si, cette fois, les électeurs accepteront d’assister en silence à ce qu’ils considèrent de plus en plus comme une confiscation de leur souveraineté.

Gilles Noubissi

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