Cameroon

Extrême-Nord : cinq enfants kidnappés, la société civile paie la rançon pendant que l’État se tait

Le rapt de cinq enfants, passagers d’un bus de l’agence Touristique Voyage dans l’Extrême-Nord le 15 août dernier, a plongé les populations dans un profond désarroi. Face au silence des autorités, c’est la société civile qui s’est organisée pour rassembler la rançon exigée. À l’initiative du lanceur d’alerte N’zui Manto, plus de cinq millions de FCFA ont été collectés en moins de 24 heures afin d’obtenir la libération des victimes, révélant à la fois un élan de solidarité remarquable et un sentiment croissant d’abandon de la part des institutions.

L’humoriste Moustik le Karismatik, habituellement connu pour ses traits d’humour, a brisé son registre pour lancer un « cri d’alarme ». Dans une publication largement relayée sur les réseaux sociaux, il a fustigé l’inaction des pouvoirs publics : « Où sont les autorités ? Où sont les enquêtes ? Où sont les opérations de sauvetage ? » Avant d’ajouter : « Quand un influenceur se substitue à la police, quand des civils doivent jouer les négociateurs, quand les seules réponses viennent d’Instagram et non d’un ministère, il y a un vrai problème. »

Selon lui, ce drame illustre une dérive inquiétante où des citoyens ordinaires doivent assurer eux-mêmes leur sécurité et assumer le rôle des forces de l’ordre. « Ce n’est pas une critique contre celui qui a levé les fonds. C’est un cri d’alarme contre un système absent », écrit-il encore, insistant sur la gravité d’un précédent où l’État paraît effacé au profit d’initiatives privées, aussi généreuses soient-elles.

Ce double mouvement (solidarité citoyenne et absence de réaction gouvernementale) soulève une interrogation de fond : la sécurité des Camerounais est-elle encore une mission régalienne, ou devient-elle progressivement une affaire communautaire ? Pour de nombreux observateurs, si ce type d’événement venait à se répéter, il renforcerait la perception d’un État défaillant, incapable d’assurer ses fonctions essentielles, au risque d’ancrer dans les esprits l’idée que la vie des citoyens « vaut si peu ».

Gilles Noubissi

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