Cameroon

Issa Tchiroma brise le silence : « Paul Biya est devenu invisible, je ne l’ai vu qu’une fois en 20 ans »

Lors d’une interview, Issa Tchiroma Bakary, ancien ministre et président du FSNC, a dressé un constat alarmant sur l’état de la gouvernance au sommet de l’État. Celui qui fut longtemps un soutien affiché de Paul Biya confesse n’avoir rencontré le chef de l’État dans son bureau qu’une seule fois en deux décennies. Un aveu glaçant qui soulève de lourdes interrogations sur l’accessibilité réelle du président et la manière dont le pouvoir est exercé à Yaoundé.

S’il admet avoir été reçu à plusieurs reprises à l’étranger, lors des déplacements présidentiels auxquels il participait en tant que ministre de la Communication, Tchiroma insiste : ces échanges relevaient davantage de la courtoisie diplomatique que d’un dialogue politique structuré. « Il est invisible, inaccessible. Je n’ai plus de partenaire », lâche-t-il, amer. Et d’ajouter, dans une charge directe : « La fonction présidentielle est à plein temps. On ne peut pas y renoncer, surtout quand le navire prend l’eau. » En creux, c’est l’image d’un pouvoir absent, confiné, hors-sol, qui se dessine.

Cette sortie intervient alors que Tchiroma a été empêché de voyager à Dakar le 1er août dernier. Accompagné de sa fille pour ce qui s’annonçait comme un déplacement privé, il a été interdit d’embarquement à l’aéroport de Yaoundé-Nsimalen. Aucun motif officiel n’a été communiqué, si ce n’est une mystérieuse « instruction venue d’en haut ». Officieusement, il se rendait au Sénégal pour se recueillir sur la tombe d’Amadou Ahidjo, figure fondatrice de la République, à laquelle il reste attaché.

En pleine période de pré-campagne, ce double épisode (critique publique et restriction de liberté) révèle une tension palpable entre l’ancien fidèle et le système qu’il a longtemps défendu. Issa Tchiroma, désormais candidat déclaré à la présidentielle de 2025, semble prendre ses distances, non sans risques. À mesure que s’approche l’échéance électorale, sa voix dissonante pourrait bien cristalliser un malaise plus profond au sein des élites politiques camerounaises.

Gilles Noubissi

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