Cameroon

Jacques Fame Ndongo demande aux enfants de la région du sud de soutenir Paul Biya

Dans un texte qui sonne comme une réponse au communiqué d’un collectif des enfants de la région du Sud qui appelait leurs ressortissants à ne plus soutenir Paul Biya, le Pr Jacques Fame Ndongo, membre influent du bureau politique du RDPC, est sorti de sa réserve pour réaffirmer le soutien indéfectible de la région du Sud à Paul Biya, tout en dénonçant avec vigueur les velléités de remise en cause de son leadership à l’approche de la présidentielle.

Sous le sceau d’une adresse solennelle, le ministre d’État en charge de l’Enseignement supérieur dénonce une tentative de « parricide politique » fomentée, selon lui, par une minorité bruyante issue même du Sud, qui appelle au changement de régime. Une prise de position qui s’inscrit dans le contexte sensible des débats pré-électoraux où la figure du chef de l’État, à la tête du pays depuis 1982, cristallise les passions, entre défense de l’héritage et soif d’alternance.

« Le Sud n’acceptera pas cette tentative de parricide politique », tonne Jacques Fame Ndongo, s’interrogeant : « veut-on changer l’homme par qui le changement est venu ? »

L’universitaire rappelle à dessein les heures sombres des années 1990, où Paul Biya, au cœur des convulsions démocratiques, avait maintenu le cap de la paix et du pluralisme, au prix de tensions extrêmes. Il évoque notamment son discours de Monatélé en octobre 1992, comme une réponse fondatrice aux appels précipités au changement.

Fame Ndongo oppose à l’ardeur de certains militants de l’alternance ce qu’il présente comme une vision fondée sur l’action et la patience. « Le changement véritable n’est pas dans le dénigrement mais dans la contribution », écrit-il, dans un plaidoyer pour un patriotisme constructif.

Un bilan multidimensionnel défendu avec fermeté

Dressant un inventaire à la Prévert des infrastructures et institutions mises en place depuis 1982, Jacques Fame Ndongo estime qu’aucune région du pays n’a été laissée pour compte. Il cite notamment la création de nouveaux hôpitaux, universités, barrages hydroélectriques, routes, et la mise en place d’organismes de gouvernance tels que le Sénat, la CONAC ou le Conseil Constitutionnel.

Si le texte reconnaît que « tout n’est pas parfait », il insiste sur la constance d’une œuvre collective amorcée par le chef de l’État et appelle les citoyens à évaluer les candidats à l’aune de leur bilan, et non à travers des slogans ou critiques faciles. L’auteur exhorte ses lecteurs à rejeter les discours « populistes et opportunistes » qui, selon lui, n’ont pas de consistance programmatique.

S’exprimant aussi sur la complexité du développement, Jacques Fame Ndongo récuse l’idée d’un miracle politique. Pour lui, toute amélioration durable suppose la participation de tous, sans exception, dans un effort collectif et structuré.

Il relativise ainsi les critiques visant le chef de l’État, en affirmant que la gestion d’un pays implique nécessairement des collaborateurs, dont certains peuvent parfois trahir la confiance placée en eux. Il réaffirme cependant l’engagement de l’État dans la lutte contre les abus, via la justice et les mécanismes institutionnels existants.

Pour conclure, l’auteur replace le débat dans les règles du jeu démocratique : que chacun descende dans l’arène électorale avec des idées, des propositions et une capacité réelle à convaincre.

« Que ceux qui rêvent de l’alternance remplissent les conditions légales et aillent à la rencontre des électeurs. La victoire appartiendra à ceux qui auront su convaincre, pas à ceux qui clament sans agir. »

Jacques Fame Ndongo signe ainsi un texte à la fois combatif et défensif, fidèle à sa ligne de toujours, celle d’un loyaliste du régime. Au-delà du fond, son message révèle aussi les tensions internes et externes qui secouent le parti au pouvoir à l’approche d’une échéance électorale à haute intensité. Il pose enfin une question qui, plus que jamais, résonne dans le paysage politique camerounais : le changement viendra-t-il contre Paul Biya, ou avec son héritage ?

Gilles Noubissi

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