Cameroon

La Suisse s’inquiète de la situation sociopolitique du Cameroun

Dans une lettre datée du 7 novembre 2025, la présidente de la Confédération suisse, Karin Keller-Sutter, exprime son inquiétude face à la situation sociopolitique du Cameroun à la suite de la proclamation de Paul Biya comme vainqueur de l’élection présidentielle par le Conseil constitutionnel. Tout en adressant les formules protocolaires habituelles, elle souligne clairement que la Suisse « suit de près » les tensions post-électorales et appelle à un « dialogue constructif » tenant compte des aspirations de l’ensemble de la population, notamment des jeunes et des femmes. Cette mention inhabituelle pour un message de félicitations traduit une préoccupation réelle quant au climat délétère qui règne depuis la publication des résultats officiels. En diplomatie, ce type de nuance n’est jamais innocent : il suggère que Berne reconnaît la fragilité du contexte et les doutes sérieux entourant la crédibilité du scrutin.

Ces doutes trouvent leur source dans les accusations massives de fraude formulées par l’opposition. Selon les chiffres publiés par le Conseil constitutionnel, Paul Biya aurait obtenu 53,66 % des voix, mais ces résultats sont contestés de manière frontale par Issa Tchiroma Bakary, qui revendique la victoire avec 54,8 %. S’appuyant sur les procès-verbaux originaux sortis des bureaux de vote, son camp affirme que les données compilées par ELECAM ont été altérées pour inverser le verdict des urnes. De nombreux observateurs, militants et collectifs citoyens affirment que les PV rendus publics par Tchiroma correspondent bien aux affichages officiels dans les bureaux de vote, mais qu’ils ne concordent plus avec les chiffres centralisés par les institutions chargées du dépouillement national. Le rejet en bloc des recours déposés devant le Conseil constitutionnel (malgré la présence de ces contradictions) a renforcé les accusations de manipulation systémique.

Dans ce contexte, la lettre de la Suisse révèle un malaise diplomatique profond. Si Berne maintient la ligne protocolaire consistant à reconnaître le gagnant officiel, elle prend soin de rappeler la nécessité d’un dialogue national, signe qu’elle est consciente du caractère explosif de la situation. Depuis la proclamation des résultats, plusieurs villes du pays ont été le théâtre de manifestations massives, parfois violemment réprimées. Les opposants accusent le régime et ses institutions de « travestir la vérité des urnes » afin de maintenir Paul Biya, 92 ans, au pouvoir malgré ce qu’ils qualifient de défaite évidente. Pour beaucoup d’observateurs, le verrouillage institutionnel a atteint un degré tel qu’il remet en cause la possibilité d’une alternance démocratique par les voies électorales, un constat qui alimente le scepticisme général quant à la crédibilité du processus.

Cette crise post-électorale place le Cameroun dans une zone de turbulence politique et sociale dont les effets dépassent largement la seule question de la présidentielle. L’opposition exige non seulement la reconnaissance de la victoire d’Issa Tchiroma Bakary, mais aussi une réforme profonde des institutions électorales, accusées d’être instrumentalisées par le pouvoir. Dans ce climat particulièrement tendu, la posture de la Suisse apparaît comme un exercice d’équilibrisme : rappeler l’importance du dialogue sans rompre avec le protocole. Mais pour les Camerounais qui dénoncent une fraude massive, ce type de message risque d’être perçu comme une caution internationale indirecte d’un système qu’ils jugent illégitime. La question centrale demeure : comment rétablir la confiance dans un cadre institutionnel dont une large partie de la population estime qu’il a trahi sa mission première : garantir que la volonté du peuple soit respectée ?

Mimi Mefo Info Francais (Editor)

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