Cameroon

Le Cameroun cherche la trace des 50 000 tonnes de blé russe livrés

La Russie affirme avoir expédié 50 000 tonnes de blé au Cameroun au premier trimestre 2025, soit plus du double des volumes enregistrés un an plus tôt, selon l’agence TASS. Une annonce qui intervient dans un contexte de sanctions internationales visant Moscou et qui interroge sur la réalité des circuits d’approvisionnement. Si ces chiffres traduisent la volonté de la Russie de renforcer sa présence en Afrique, leur véracité demeure difficile à établir, faute de sources locales ou internationales concordantes.

À Yaoundé, le Groupement des industries meunières du Cameroun (GIMC) se montre prudent. Contacté, son secrétaire général affirme que les statistiques disponibles ne font état d’aucune importation de blé russe ou ukrainien. La raison ? L’exclusion de Moscou du système Swift qui rend quasi impossible le financement direct de telles opérations par les banques locales. Dans ce contexte, certains experts avancent l’hypothèse de livraisons indirectes, via des pays tiers, qui brouillent l’origine réelle du produit. « Il est difficile d’identifier ce blé parmi les autres provenances », admet une source industrielle.

Le Cameroun n’est toutefois pas un cas isolé. Plusieurs pays africains ont vu leurs achats de blé russe grimper en flèche : le Nigeria aurait importé 262 000 tonnes sur la même période (+500 %), le Maroc 174 000 tonnes (+100 %), et le Mozambique près de 74 000 tonnes (+1 170 %). Ces chiffres traduisent un contournement habile des sanctions occidentales, puisque, malgré l’exclusion financière de la Russie, les produits agroalimentaires échappent aux restrictions et continuent d’inonder les marchés.

Cette opacité sur les chiffres n’est pas anodine. En 2022, la France restait le premier fournisseur de blé du Cameroun avec 292 500 tonnes, représentant 30 % du marché. Mais les flux réels demeurent difficiles à suivre dans un secteur où les intermédiaires jouent un rôle clé. Derrière les déclarations officielles, une certitude s’impose : la guerre en Ukraine et les sanctions contre Moscou ont profondément redessiné la carte mondiale du blé. Pour le Cameroun, la dépendance aux importations reste entière, mais la traçabilité des origines se perd dans un marché de plus en plus fragmenté.

Gilles Noubissi

Recent Posts

Les notables Boneleke sonnent la charge contre le gouverneur et le « sacre » de « King Akwa »

Le collège des notables de Boneleke, qui se dit coutumièrement compétent pour choisir le chef…

4 hours ago

Maroua: New Mechanical Sweeper Faces the Persistent Challenge of Insanitary Conditions

The fight against insanitary conditions in Maroua is taking a new step with the arrival…

9 hours ago

Why Cameroon does not celebrate 1 October as Reunification Day

Sixty-five years after reunification, Cameroon gives its main national celebration to the constitutional change that…

1 day ago

Limbe Pastor Arrested for Allegedly Beating 13-year-old Girl to Death

A Limbe-based pastor, Mbah Michael, founder of Christ Accomplishment Ministry International, has been arrested in…

1 day ago

Crise anglophone : sept ans après, l’appel de Michelle Bachelet à un dialogue constructif reste d’actualité

À l'occasion du 1er octobre, La Nouvelle Expression ressort l'appel lancé en octobre 2019 par…

1 day ago

65 Years On: Why October 1 Means More to Anglophone Cameroonians

Today marks 65 years since the English-speaking regions of Cameroon (formerly Southern Cameroons) got independence…

1 day ago