Cameroon

Le candidat à l’élection présidentielle Jean Blaise Gwet, veut “sortir le Cameroun de l’impasse”

En 2018, il avait renoncé à briguer la présidence faute de moyens pour payer sa caution, préférant alors soutenir le Rassemblement démocratique du peuple camerounais (RDPC) de Paul Biya. Sept ans plus tard, Jean Blaise Gwet, président du Mouvement patriotique pour le changement du Cameroun (Mpcc), revient sur la scène électorale avec un discours de rupture et de réformes. Comptable de formation et opérateur économique reconnu, il affirme vouloir combattre l’inégale répartition des richesses et prévenir une implosion du pays. Mais sa volte-face politique interroge : ambition sincère ou opportunisme calculé dans un paysage électoral incertain ?

L’homme de 68 ans, originaire de Mbalmayo et fils de combattant indépendantiste, dénonce aujourd’hui l’incapacité du régime de Paul Biya à répondre aux crises multiples, en particulier la crise anglophone. Il plaide pour une intensification de la production nationale, couplée à un mécanisme de redistribution plus équitable entre les régions. Son concept de « décentralisation concertée », censé renforcer les pouvoirs locaux sans basculer vers le fédéralisme, serait soumis à référendum. Toutefois, difficile de ne pas y voir une proposition de façade, tant son engagement passé aux côtés du pouvoir semble en contradiction avec son actuel discours critique.

Jean Blaise Gwet ne cache plus son désir de voir Paul Biya céder la place, et propose un statut pour les anciens chefs d’État afin de faciliter une transition apaisée. Mais en suggérant aussi de tirer profit de l’expertise des dignitaires emprisonnés dans le cadre de l’Opération Épervier, il semble flirter avec une forme d’amnistie politique, susceptible de brouiller son image de réformateur. Ces prises de position, ambiguës pour certains, nourrissent le scepticisme sur ses véritables intentions.

Parmi ses propositions phares figure également le retour au pays de la dépouille d’Ahmadou Ahidjo, premier président du Cameroun, encore inhumé à Dakar. Un symbole fort, censé servir la réconciliation nationale. Mais là encore, l’initiative laisse perplexe : s’agit-il d’un projet porteur de sens ou d’un simple geste mémoriel destiné à gagner en légitimité ? À mesure que l’échéance d’octobre 2025 approche, Jean Blaise Gwet devra plus que des slogans : il lui faudra convaincre qu’il incarne un changement crédible et non une énième figure d’appoint dans un jeu politique verrouillé.

Gilles Noubissi

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