Health

Le marché des faux médicaments coûte des milliards à l’État

Plus de 8,6 milliards de FCFA de faux médicaments ont été saisis au Cameroun depuis 2020, a révélé, Manaouda Malachie, lors de la Journée africaine dédiée à cette lutte. Un chiffre déjà vertigineux qui masque une réalité encore plus alarmante : près de 33 milliards de FCFA s’évaporent chaque année de l’économie nationale à cause de ce commerce illégal, tandis que les rapports de l’ONU et de l’OMS rappellent que ces produits contrefaits participent à la mort de centaines de milliers de personnes en Afrique subsaharienne.

Derrière ces statistiques, c’est un marché parallèle bien structuré qui prospère dans les quartiers urbains, les zones périurbaines et les localités dépourvues d’officines agréées. Selon l’Ordre National des Pharmaciens, 40 % des médicaments en circulation en 2021 seraient issus de la contrebande. Ce flux massif détourne les finances vers une économie criminelle qui échappe à tout contrôle, perturbe les chaînes légales d’approvisionnement et aggrave la vulnérabilité des ménages. À cela s’ajoutent les conséquences sanitaires : traitements inefficaces, intoxications, aggravation des pathologies… autant de dérives qui augmentent les dépenses médicales et pèsent lourdement sur les formations sanitaires déjà sous pression.

Si les autorités annoncent une intensification de la riposte (369,8 millions de FCFA de saisies au premier semestre 2025 et 69 affaires judiciaires ouvertes, dont 36 déjà tranchées) les résultats peinent cependant à freiner un phénomène nourri par la désinformation et les difficultés d’accès aux médicaments sûrs. Dans la rue, beaucoup continuent de considérer que les produits vendus à la criée sont tout aussi fiables que ceux délivrés en pharmacie. Une croyance dangereuse qui contribue à alimenter un réseau criminel ancré dans les failles socio-économiques du pays.

Le Cameroun se retrouve ainsi face à un défi double : assainir un secteur miné par les circuits illicites tout en reconstruisant la confiance du public envers le système pharmaceutique officiel. Tant que les médicaments falsifiés resteront financièrement attractifs et socialement tolérés, les efforts de répression, aussi importants soient-ils, resteront insuffisants. Le faux médicament n’est plus seulement une fraude commerciale : c’est une menace nationale, à la fois économique, sanitaire et structurelle, qui exige une réponse cohérente et durable.

Mimi Mefo Info Francais (Editor)

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