Cameroon

Maroua noyée sous l’inaction : entre pluies diluviennes, inondations et colère populaire

Une pluie, pas plus forte que celles déjà connues dans cette saison, aura suffi à plonger la capitale régionale dans le chaos. Ce mardi matin, une pluie diluvienne de quelques heures a suffi à transformer les rues de Maroua en véritables rivières boueuses, paralysant toute circulation. Voitures et motos patinent, les piétons pataugent dans les eaux, et les commerçants tentent de sauver ce qu’ils peuvent de leurs étals, inondés avant même l’ouverture des marchés.

Au centre-ville, notamment autour du marché central, le spectacle est désolant : des eaux stagnantes, des déchets flottant à la surface, des égouts débordés, et des habitants contraints de marcher pieds nus dans les flaques pour regagner leurs domiciles. Les routes, déjà dégradées, deviennent totalement impraticables.

Pourtant, l’espoir avait germé il y a quelques mois, lorsque des travaux de construction de caniveaux de drainage avaient été lancés dans plusieurs quartiers. Ces projets, présentés comme des solutions durables à l’épineuse question des inondations récurrentes, devaient marquer le début d’une nouvelle ère. Mais pour les populations, l’espoir fait désormais place à la frustration. « On nous avait promis la fin des inondations, mais c’est pire qu’avant ! », lance un habitant du quartier Domayo, exaspéré.

Les travaux entrepris, en grande partie inachevés ou mal conçus, n’ont manifestement pas résisté aux premières averses. Dans plusieurs quartiers, les caniveaux ne sont ni couverts ni raccordés aux bassins de rétention, laissant les eaux de pluie s’accumuler sans issue. Pire encore, certains tronçons fraîchement bitumés sont déjà en voie de délabrement, faute de suivi technique rigoureux.
Face à la détresse croissante des habitants, les autorités locales brillent par leur silence. Aucun plan d’urgence clair n’a été communiqué, et les opérations de secours restent sporadiques, souvent initiées par les riverains eux-mêmes. Les voix s’élèvent, dénonçant l’inaction des pouvoirs publics et l’inefficacité chronique des politiques d’aménagement urbain. « Chaque année, c’est la même chose. Ils viennent poser la première pierre, puis disparaissent », lâche un commerçant du marché central, visiblement amer.

Cette situation intervient à un moment politiquement sensible : l’élection présidentielle se profile à l’horizon, et les frustrations, longtemps contenues, explosent. Pour de nombreux citoyens, ces inondations symbolisent l’échec criant de l’État à répondre aux besoins essentiels. Dans les quartiers populaires comme à Doualaré, Pitoaré ou Kongola Djoulgouf, la colère est palpable. Certains y voient un mépris des élites pour les réalités locales. D’autres évoquent une crise de confiance généralisée vis-à-vis des institutions.

« Comment croire encore aux promesses électorales quand on ne peut même pas marcher dans sa propre ville sans risquer sa vie ? », s’indigne une femme, mère de quatre enfants, rencontrée alors qu’elle vidait sa maison envahie par l’eau.
Maroua attend des actes. Pas des discours.
Au-delà de la colère et de la lassitude, une chose est sûre : la population n’attend plus les miracles, mais des réponses concrètes. Alors que le ciel continue de menacer, c’est tout un peuple qui se demande si ses dirigeants sont encore à l’écoute — ou s’ils ont définitivement tourné le dos à la réalité.

Bachirou Elhadj BDO

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