Sur le plateau de l’émission Canal Presse, diffusée ce dimanche sur Canal 2 International, l’avocat et homme politique Emmanuel Simh a livré une critique virulente de l’attitude de l’administration camerounaise et des médias publics face aux divergences d’interprétation des résultats de la présidentielle du 12 octobre 2025.
Selon lui, le traitement différencié réservé aux acteurs politiques et journalistes selon qu’ils soutiennent ou non la victoire présumée du président sortant Paul Biya révèle une partialité flagrante du pouvoir en place.
« Il y a un acteur politique, président de parti, qui a félicité Paul Biya dès le 13 octobre. On ne lui a rien dit, on ne l’a pas menacé. Mais ceux qui publient des compilations montrant Issa Tchiroma Bakary en tête, on les traite de séditieux », a fustigé Emmanuel Simh, membre de la coalition soutenant Issa Tchiroma Bakary, candidat du FSNC.
L’avocat, connu pour son franc-parler, s’est également étonné de l’impunité dont bénéficient certains journalistes proches du pouvoir, citant Ernest Obama et Bruno Bidjang, qui diffusent ouvertement sur les réseaux sociaux des chiffres attribuant la victoire au candidat du RDPC.
« Ceux qui proclament Paul Biya gagnant ont le droit. Ceux qui publient d’autres résultats sont accusés de sédition. Où est la neutralité ? », s’est-il interrogé, dénonçant une lecture sélective du Code électoral.
Derrière cette sortie, c’est tout le système électoral camerounais qui se retrouve une fois de plus sur la sellette. Car au-delà des débats télévisés, les faits pointés par Emmanuel Simh traduisent une réalité bien connue : l’administration camerounaise, censée être neutre, agit de manière ouvertement partisane.
Alors que les lois électorales imposent à Élections Cameroon (Élecam), aux forces de sécurité et aux autorités administratives un strict devoir d’impartialité, les attitudes observées depuis le scrutin montrent un alignement quasi total sur la position du parti au pouvoir.
Plusieurs militants de l’opposition ayant partagé des compilations de procès-verbaux ou contesté les résultats provisoires ont reçu des intimidations, quand d’autres ont vu leurs pages Facebook signalées ou suspendues. Pendant ce temps, les partisans du régime diffusent librement leurs propres chiffres, sans la moindre mise en garde officielle.
Cette asymétrie de traitement nourrit la défiance d’une partie de la population vis-à-vis du processus électoral et fragilise davantage la cohésion nationale déjà mise à mal par les tensions post-scrutin.
Pour Emmanuel Simh, il est urgent de revenir à une application équitable de la loi :
« Il n’est écrit nulle part dans le Code électoral qu’il est interdit de faire des additions. Ce qui est interdit, c’est de proclamer les résultats. Mais additionner des chiffres, c’est un droit citoyen », a-t-il rappelé.
Une prise de position qui rejoint celle de plusieurs observateurs et organisations de la société civile, qui appellent à une réforme profonde d’Élecam et à une désacralisation de la parole officielle, afin que la vérité des urnes cesse d’être un tabou au Cameroun.
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