Cameroon

Mort de NGA Mbida Mélissa : l’hôpital de Nkolndongo dément toute faute de soins

Son visage a envahi les réseaux sociaux. Présentée sous le nom de « Mélissa Essomba », cette jeune femme était décrite comme une candidate au Baccalauréat session 2026 décédée à l’Hôpital de District de Nkolndongo après que des stagiaires auraient exigé 8 000 FCFA avant de lui prodiguer des soins. Les réseaux sociaux et les médias ont largement amplifié cette version des faits le 26 mai 2026.

Le lendemain, la direction de l’hôpital a signé un communiqué de démenti. Le document rétablit d’abord l’identité exacte de la défunte : il s’agit de Mlle Nga Mbida Melissa, 22 ans, élève au Lycée d’Anguissa. Transportée en urgence vers 07h48 après un malaise en salle d’examen, elle avait déjà expulsé dans le véhicule qui la transportait un fœtus mort-né macéré du deuxième degré, de sexe féminin, pesant 900 grammes, ainsi qu’un placenta en putréfaction. Arrivée en état de choc, elle a été immédiatement prise en charge par l’équipe médicale. La réanimation entreprise pendant plusieurs minutes n’a pas suffi à la sauver.

La direction affirme que l’établissement « reste fidèle à sa politique régalienne qui est de sauver des vies et d’administrer les soins de qualité sans conditions préalables ». Le sous-préfet de Yaoundé 4, accompagné des forces de maintien de l’ordre, s’est rendu sur place pour s’enquérir de la situation. Un message de condoléances a été adressé à la famille.

Quand les réseaux sociaux font le travail des autorités

Ce drame illustre un schéma désormais récurrent au Cameroun : les autorités publiques n’interviennent dans les cas sociaux graves qu’après que l’indignation numérique a atteint un seuil critique. Le communiqué de l’hôpital de Nkolndongo n’a été publié que le 27 mai, soit vingt-quatre heures après que la rumeur avait déjà saturé l’espace informationnel. Aucune communication proactive n’avait été initiée par le Ministère de la Santé, ni par la délégation régionale compétente.

Ce réflexe défensif (réagir uniquement pour démentir, jamais pour informer spontanément) traduit une culture institutionnelle du silence qui laisse le terrain libre à la désinformation. Résultat : la réputation d’un établissement de soins est entachée, une famille endeuillée est exposée à la vindicte publique, et la mort d’une jeune femme enceinte devient le combustible d’une guerre de narrations, au lieu de servir de catalyseur pour une réforme des urgences obstétricales.

Une toile de fond déjà chargée

Ce décès survient dans un contexte sanitaire et social particulièrement tendu. Parmi les affaires récentes ayant conduit à des sanctions disciplinaires figurent les décès très médiatisés de Stéphanie Siewe à la clinique des Anges à Douala et celui du Dr Mbengono Barbara Nancy Hilary au CHU de Yaoundé. Réunie le 16 mai 2026 à Bertoua, la Chambre de discipline de l’Ordre national des médecins du Cameroun a prononcé des sanctions allant jusqu’à cinq mois de suspension d’activité contre plusieurs praticiens pour négligence, manquements graves à l’éthique médicale et complicité d’exercice illégal de la médecine.

Sur le plan des violences contre les enfants, le 16 février 2026, trois enfants ont été retrouvés sans vie au quartier Nkolbisson à Yaoundé, victimes d’un infanticide commis par leur propre mère, qui s’est ensuite suicidée. Le 20 mai, un nouveau-né a été découvert abandonné dans une baraque à beignets au bord d’une route de PK14 à Douala, au cours d’une marche sportive commémorative du 20 mai. À Yaoundé, un autre nourrisson a été retrouvé abandonné dans une fosse, provoquant une vive émotion dans le quartier.

Face à l’accumulation de ces drames, une question s’impose : combien de morts encore avant que l’État cesse d’attendre TikTok et Telegram pour prendre la parole ?

Mimi Mefo Info Francais (Editor)

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