Le gouvernement camerounais est en quête d’un nouveau souffle financier pour sauver l’équilibre fragile du projet hydroélectrique de Nachtigal. Selon des sources proches du ministère des Finances, l’État négocie une ligne de crédit comprise entre 80 et 100 milliards de FCFA auprès de Société Générale Cameroun et d’autres banques locales. Objectif : garantir le paiement des factures dues à Nachtigal Hydro Power Company (NHPC), exploitant du barrage de 420 MW, menacé par les retards de paiement d’Éneo. L’opération, arrangée par Société Générale Capital Securities Central Africa, devrait permettre d’éviter un défaut de paiement susceptible d’écorner la crédibilité financière du Cameroun sur les marchés.
Cette initiative intervient alors que la garantie souveraine initiale, d’un montant de 86 millions d’euros et soutenue par la Banque mondiale, est presque entièrement consommée. Selon le confrère “investir au Cameroun”, «il ne reste, qu’une dizaine de millions d’euros disponibles». Pour les autorités, il est crucial de ne pas épuiser cette ligne, sous peine de compromettre le mécanisme de contre-garantie et d’envoyer un signal négatif aux investisseurs internationaux déjà méfiants face à la lenteur des réformes du secteur énergétique camerounais.
En amont, Éneo, le concessionnaire national de la distribution d’électricité, se trouve au cœur de la tourmente. Depuis février, l’entreprise peine à honorer ses obligations envers NHPC, dont les factures mensuelles s’élèvent à environ 10 milliards de FCFA, que l’énergie soit intégralement consommée ou non. Les retards dans la construction des lignes de transport et les difficultés de trésorerie ont conduit NHPC à activer la garantie bancaire auprès de Société Générale Paris. Les paiements effectués par Éneo couvrent à peine la moitié des montants dus, signe d’une situation financière devenue critique.
Le gouvernement tente ainsi d’éviter l’effet domino que provoquerait un arrêt de paiement sur toute la chaîne énergétique. Avec un endettement estimé à plus de 800 milliards FCFA, dont 500 milliards dus à ses fournisseurs, Éneo représente aujourd’hui un risque budgétaire majeur pour l’État. En engageant ces négociations avec les banques locales, le ministère des Finances espère à la fois rassurer les bailleurs et préserver la réputation financière du Cameroun. Mais en l’absence de réformes structurelles profondes, cette énième rustine risque de ne faire que retarder l’inévitable : une refonte urgente du modèle économique de l’électricité au Cameroun.
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