Economy

Paul Biya autorise 125 milliards FCFA de nouveaux emprunts

Le président Paul Biya a signé, le 31 juillet 2025, trois décrets engageant le Cameroun dans une nouvelle phase d’endettement à hauteur de 125 milliards de francs CFA. Objectif affiché : booster l’agriculture, améliorer l’offre de soins et renforcer l’employabilité des jeunes, notamment dans l’Extrême-Nord. Les prêts, contractés auprès de la Banque africaine de développement, de la Standard Chartered Bank et du Fonds OPEP, représentent à eux seuls 1,3 % du PIB national. Alors que la dette publique frôle déjà les 14 105 milliards FCFA ( soit 43 % du PIB ) la manœuvre suscite autant d’espoirs que de réserves.

Dans le détail, 15 milliards FCFA seront injectés dans la filière rizicole grâce à un prêt du Fonds OPEP. Le gouvernement entend produire 120 000 tonnes de riz paddy supplémentaires sur cinq ans dans les régions de Yagoua, Ndop et Nanga-Eboko, et économiser jusqu’à 50 millions de dollars sur les importations. Le projet est ambitieux, mais le passé enseigne la prudence : entre promesses de transformation agricole et blocages structurels, la réalité a souvent trahi les prévisions.

Le deuxième pilier du plan gouvernemental concerne la santé. Avec un crédit de 15 milliards FCFA, deux hôpitaux spécialisés doivent voir le jour : un établissement gastro-pneumologique à Yaoundé et un centre psychiatrique à Mfou. Le coût par lit, estimé à 42,8 millions FCFA, reste maîtrisé, mais le déficit criant en personnel qualifié pourrait en compromettre l’impact. Le Cameroun ne compte que 0,04 psychiatre pour 10 000 habitants, soit vingt-cinq fois moins que le minimum recommandé par l’OMS.

Enfin, le volet le plus massif (95 milliards FCFA) cible l’Extrême-Nord, où près des trois quarts de la population vivent sous le seuil de pauvreté. Le programme prévoit de former 35 000 jeunes et de créer 10 000 micro-entreprises. Malgré un taux d’intérêt favorable de 1 % sur trente ans, les experts de la Direction générale du budget rappellent que chaque franc emprunté doit désormais générer des revenus à la hauteur. Sans résultats concrets, cette nouvelle dette risque fort de se muer en passif pesant pour les générations à venir.

Gilles Noubissi

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