C’est un document de cinq pages, sobre dans sa forme, mais considérable dans ses implications. Le projet de loi modifiant la Constitution camerounaise, soumis au Congrès du Parlement, ne se contente pas d’un simple réaménagement technique. Il redessiné, en profondeur, l’architecture du pouvoir au Cameroun. Voici ce qu’il faut en retenir.
Le cœur du texte est là : le Cameroun se dote officiellement d’un poste de Vice-Président de la République. Jusque-là, cette fonction n’existait pas dans l’organigramme constitutionnel camerounais. Désormais, le Président de la République pourra nommer un Vice-Président : et le révoquer à sa guise. Ses attributions seront celles que le Chef de l’État décidera bien de lui confier, dans le cadre d’une délégation expresse.
Autrement dit, ce Vice-Président n’est pas élu. Il n’est pas issu du suffrage universel. Il est choisi, installé et limogeable par Paul Biya seul. Sa légitimité est entièrement déléguée, jamais populaire.
C’est ici que le texte prend toute sa dimension politique. Jusqu’à présent, la Constitution camerounaise prévoyait qu’en cas de vacance du pouvoir (décès, démission, empêchement définitif) c’est le Président du Sénat qui assurait l’intérim, avec des pouvoirs limités, le temps d’organiser une nouvelle élection présidentielle.
Ce schéma est désormais enterré.
Avec la réforme, c’est le Vice-Président qui achève le mandat présidentiel en cours, sans élection intermédiaire. Il prête serment dès l’ouverture de la vacance et entre immédiatement en fonction. Ce n’est plus un intérimaire chargé d’organiser une transition : c’est un successeur à part entière, qui gouverne jusqu’au terme du mandat.
Le Président du Sénat ne devient l’intérimaire que dans un seul cas de figure : si le Vice-Président est lui-même empêché, ou si le poste n’est pas pourvu. Et dans cette hypothèse seulement, une élection présidentielle est alors organisée entre 20 et 120 jours.
Soyons directs. Paul Biya a 92 ans. Il a prêté serment en novembre 2025 pour un nouveau mandat de sept ans. La question de sa succession n’est pas théorique : elle est, pour beaucoup d’observateurs, la question politique centrale du Cameroun aujourd’hui.
En créant ce poste de Vice-Président nommé par ses soins, Paul Biya se donne la possibilité de choisir lui-même qui lui succédera, si la vacance venait à s’ouvrir. Ce successeur désigné n’aura pas à passer devant les urnes pour terminer le mandat en cours. Il gouvernera avec la légitimité constitutionnelle que lui aura conférée cette réforme; et lui seul.
C’est une dévolution du pouvoir organisée de l’intérieur, encadrée juridiquement, rendue irréprochable sur le plan formel.
Le texte prévoit quelques dispositions d’encadrement. Le Vice-Président est soumis au même régime d’incompatibilités que le Président. Il est justiciable de la Haute Cour de Justice. Il doit déclarer ses biens. La durée de ses fonctions ne peut excéder celle du mandat présidentiel en cours.
Par ailleurs, le Président par intérim (dans les rares cas où ce schéma s’applique encore) ne peut ni modifier la Constitution, ni recourir au référendum, ni se porter candidat à la présidentielle.
Ces garde-fous existent. Mais ils ne changent pas l’essentiel : le successeur potentiel du Président de la République camerounaise sera désormais quelqu’un que Paul Biya aura lui-même placé à ce poste.
Le document ne cache d’ailleurs pas sa genèse. Il indique explicitement que le projet s’inscrit dans le prolongement du discours de prestation de serment de Paul Biya, prononcé le 6 novembre 2025, lors duquel il avait annoncé vouloir soumettre au Parlement des réformes institutionnelles. La promesse a été tenue : rapidement, et dans le cadre d’un Congrès convoqué en session extraordinaire.
Les articles modifiés sont les articles 5, 6, 7, 10, 53 et 66 de la Constitution. Des articles fondamentaux, qui touchent à la nature même de l’exécutif camerounais.
Le Parlement votera. Le résultat ne fait guère de doute.
Le RDPC, parti au pouvoir, dispose d’une majorité écrasante à l’Assemblée nationale comme au Sénat. Le Congrès du Parlement, qui réunit les deux chambres, votera cette révision. Ce n’est pas une hypothèse : c’est une quasi-certitude mécanique.
Ce qui l’est moins, c’est l’identité de celui ou celle que Paul Biya choisira pour occuper ce nouveau fauteuil de Vice-Président. C’est là, désormais, la vraie question politique camerounaise. Et sa réponse appartient à un seul homme.
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