Cameroon

Prorogation des mandats électoraux : Messanga Nyamding dénonce une “violation grave” de la Constitution

L’intervention du professeur Messanga Nyamding dans l’émission Club d’Élites sur Vision 4 a relancé le débat sur la prorogation des mandats des députés camerounais. L’homme politique, connu pour ses analyses tranchantes, a fustigé ce qu’il considère comme une manipulation de la Constitution à des fins partisanes.

Le biyaiste s’est appuyé sur une interprétation littérale de la Constitution pour critiquer la décision de prolonger le mandat des élus locaux et nationaux. “L’article 15 prévoit bien une prorogation, mais uniquement en cas de crise grave”, a-t-il rappelé. Or, selon lui, le report des élections municipales et législatives ne répond pas à ce critère. “On est dans une manœuvre politique, pas dans une nécessité constitutionnelle”, a-t-il asséné.

Le débat porte notamment sur la stratégie du Mouvement pour la Renaissance du Cameroun (MRC), qui avait boycotté les précédents scrutins en espérant un recalibrage du processus électoral pour 2025. Mais la prorogation des mandats en cours a, de fait, repoussé l’échéance, privant le parti de Maurice Kamto d’une tribune électorale immédiate.

L’ancien cadre du RDPC n’a pas mâché ses mots : “Quand on modifie le calendrier électoral pour empêcher l’opposition de se réorganiser, ce n’est plus du droit, c’est de la manipulation.” Une charge directe contre les autorités, qu’il accuse d’avoir instrumentalisé la Constitution pour verrouiller le jeu politique.

Cette critique rejoint celles de certains juristes, qui estiment que la prorogation exceptionnelle des mandats, initialement justifiée par la pandémie de Covid-19 et les crises sécuritaires, est désormais détournée de son objet. “Si toute élection difficile devient une ‘crise grave’, alors la règle n’a plus de sens”, a commenté un constitutionnaliste.

En prolongeant les mandats, le pouvoir a effectivement repoussé l’échéance électorale, compliquant la tâche des partis d’opposition comme le MRC, qui espéraient une recomposition du paysage politique. “Kamto pensait pouvoir revenir en force en 2025 avec de nouvelles municipalités, mais le gouvernement a coupé l’herbe sous le pied de l’opposition”, analyse un observateur.

Reste à savoir si cette manœuvre, si elle est avérée, se retournera contre ses initiateurs. Certains opposants misent sur une mobilisation citoyenne pour dénoncer ce qu’ils qualifient de “démocratie en trompe-l’œil”. D’autres, comme Nyamding, appellent à un sursaut des institutions pour garantir le respect des textes.

Gilles Noubissi

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