Editorial

Samuel Eto’o oublie le RDPC et tient le MRC pour responsable de la situation du Cameroun et des camerounais

Dans une publication faite ce vendredi 18 septembre 2026 sur sa page Facebook, Samuel Eto’o a pris la parole pour dénoncer, sans les nommer explicitement, un groupe d’individus qui, selon lui, « détruisent méthodiquement » le Cameroun. « Ils sont supposés apporter les améliorations nécessaires au quotidien des Camerounais, œuvrer pour leur bien-être et servir l’intérêt général… Mais au lieu de cela, ils nous détruisent, méthodiquement, en bande bien organisée », écrit-il, avant de conclure : « Le Cameroun et les Camerounais méritent mieux. »

Cette sortie fait suite à la diffusion d’une vidéo de Salomon Beas, un ancien militant du Mouvement pour la Renaissance du Cameroun (MRC), qui affirme avoir assisté à des réunions du directoire de ce parti où était planifiée une cabale contre le président de la FECAFOOT. Des accusations qui ont été démenties par Christian Massoma, responsable régional du MRC pour le Littoral, affirmant que Salomon Beas n’a jamais été membre du directoire et n’a jamais été invité à une réunion de cet organe. Mais au-delà de la polémique, c’est la logique même du propos de Samuel Eto’o qui interroge.

Une interpellation qui vise l’opposition

En s’adressant à ceux qui sont « supposés apporter les améliorations nécessaires au quotidien des Camerounais », Samuel Eto’o vise clairement le MRC, un parti d’opposition. Or, le MRC n’a jamais été aux affaires. Il n’a jamais détenu les leviers de l’État, n’a jamais eu la charge de définir les politiques publiques, ni de gérer les ressources nationales. Comment un parti qui n’a jamais gouverné pourrait-il être tenu responsable de la situation actuelle du pays ?

La réponse à cette question se trouve dans l’histoire politique récente du Cameroun. Le parti qui gouverne le pays depuis 1982, c’est le Rassemblement démocratique du peuple camerounais (RDPC), et son président, Paul Biya. C’est ce parti qui détient le pouvoir depuis 44 ans. C’est lui qui définit les orientations économiques, sociales et politiques du pays. Et c’est à lui qu’il appartient de rendre des comptes sur l’état de la nation.

Samuel Eto’o n’est pas un observateur neutre. En 2018, il a publiquement soutenu la candidature de Paul Biya pour un septième mandat. En 2025, il a rejoint l’équipe de campagne du RDPC à Ngambé, aux côtés d’autres figures publiques, pour appuyer la réélection du président sortant. Ce soutien n’est pas anodin : il traduit un alignement assumé avec le parti au pouvoir.

Dès lors, comment comprendre qu’il puisse s’indigner des conditions de vie des Camerounais tout en s’en prenant à ceux qui n’ont jamais gouverné ? Cette posture pose question. Elle interroge sur la cohérence d’un discours qui pointe du doigt l’opposition tout en fermant les yeux sur les responsabilités de ceux que l’on soutient.

Une dette colossale et des scandales à répétition

Les faits sont têtus. Au 30 septembre 2025, l’encours de la dette publique du Cameroun atteignait 14 591 milliards de FCFA, soit 43,9 % du PIB. La Banque africaine de développement et le Fonds monétaire international qualifient le risque de surendettement du pays d’« élevé », pointant « l’accélération du recours à l’endettement ces dernières années » et le poids croissant du service de la dette sur les finances publiques. En 2026, le service de la dette représentera un tiers des dépenses totales de l’État, contre moins de 10 % en 2013.

À cette dette colossale s’ajoutent des scandales financiers qui éclaboussent la gestion des ressources publiques. Le plus emblématique est celui de l’or. Entre 2021 et 2025, les douanes camerounaises n’ont enregistré que 148 kilos d’or légalement exportés, alors que les registres d’importation de Dubaï font état de 44 tonnes d’or en provenance du Cameroun. Cette différence représente près de 2 000 milliards de FCFA perdus des caisses publiques en cinq ans. Des investigations ont révélé que « entre 2008 et 2018, plus de 73 tonnes d’or avaient déjà pris la même route illégalement ». La société civile camerounaise qualifie cette situation de « pillage méthodique, organisé, qui s’est poursuivi dans une quasi-indifférence institutionnelle ».

À ce scandale s’ajoutent d’autres affaires : une note « rouge confidentiel » adressée à Paul Biya alerte sur un projet d’endettement public à des fins de « captation financière », mentionnant des risques de « détournement de deniers publics », de « surfacturation » et de « projets fictifs ». Le scandale Glencore a révélé que des pots-de-vin d’environ 7 milliards de FCFA auraient été distribués au Cameroun entre 2011 et 2018.

Ces dysfonctionnements ont des conséquences directes sur le quotidien des Camerounais. La croissance économique du pays a ralenti à 3,2 % en 2025, et la pauvreté reste stable, touchant un peu plus de 28 % de la population. Le revenu par habitant en 2025 demeure environ 20 % inférieur aux niveaux atteints lors du boom pétrolier du milieu des années 1980. Le nombre de personnes vivant avec moins de 3 dollars par jour est passé de 7,1 millions à plus de 8,4 millions entre 2021 et 2025.

Dans ce contexte, l’accès aux services de base demeure un défi quotidien. Les problèmes liés au coût de la vie, à l’accès à l’eau potable, à l’électricité et aux soins de santé figurent parmi les principales préoccupations exprimées par les Camerounais. Le déficit d’infrastructures, un système financier sous-développé et des crises multiples empêchent le pays de réaliser son plein potentiel. Les dépenses sociales ne représenteront que 17,9 % du budget en 2026, une part insuffisante pour répondre aux besoins d’une population dont les conditions de vie se dégradent. Le chômage des jeunes, le faible pouvoir d’achat et la précarité généralisée sont le lot quotidien de millions de citoyens.

Un conflit armé qui continue de faire des victimes

Et que dire de la situation sécuritaire dans les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest ? Depuis octobre 2016, un conflit armé oppose les forces de défense camerounaises à des groupes séparatistes anglophones. Près de dix ans après le début de cette crise, le bilan humain ne cesse de s’alourdir : selon l’International Crisis Group, le conflit a fait plus de 6 000 morts et poussé plus d’un million de personnes à fuir leur foyer. Les agences des Nations unies recensent entre 493 000 et 584 000 personnes déplacées internes dans les régions anglophones, auxquelles s’ajoutent 73 000 à 87 000 réfugiés camerounais au Nigeria. Au total, la crise a contribué à 700 000 à 900 000 déplacements forcés cumulés depuis 2016, affectant environ 1,8 million de personnes en besoin humanitaire.

Les violences continuent de frapper les civils. En janvier 2026, un nouveau massacre attribué à des combattants séparatistes a causé la mort d’au moins quatorze personnes, parmi lesquelles des femmes et des enfants, dans la localité de Ntumbaw, dans la région du Nord-Ouest. En juillet 2026, des soldats camerounais ont tué neuf civils, dont un bébé de 18 mois, lors d’une opération dans la région du Nord-Ouest. En septembre 2025, un confinement imposé par les séparatistes (le plus long depuis 2017) a sévèrement restreint les mouvements et l’accès humanitaire, perturbant les services de santé essentiels au moment même de la rentrée scolaire. Et il y a seulement deux jours, 4 personnes ont été tuées dans un bar par des personnes armées.

Face à cette tragédie humaine, Samuel Eto’o a pourtant affirmé que « tout se portait bien » dans le Sud-Ouest. En novembre 2021, il s’est rendu à Limbé et a publié une vidéo dans laquelle il déclarait : « Au Sud-Ouest sans garde du corps. Le Cameroun est merveilleux. Le pays est beau ». Il a été filmé en train de s’offrir des grillades au bord de la route, comme un citoyen ordinaire, dans une région où des milliers de personnes vivent dans la peur des violences et des déplacements forcés.

Cette mise en scène a suscité l’indignation de nombreux observateurs. Le musicien Richard Bona a dénoncé « l’insulte et le déni sur la souffrance des femmes, enfants, hommes et soldats au NOSO ». Des activistes anglophones ont rappelé que « dire que l’on est à Limbé sans garde du corps est une insulte aux milliers de personnes qui ont souffert des effets de la guerre ». D’autres ont souligné que Limbé abrite le centre de commandement du BIR, un corps d’élite de l’armée camerounaise, ce qui expliquerait en partie l’absence apparente de tension dans cette ville précise.

Mais surtout, cette visite n’a jamais été suivie d’une prise de parole sur la crise. Samuel Eto’o n’a jamais dénoncé les violences qui continuent de faire des morts chaque jour dans les régions anglophones. Il n’a jamais interpellé le RDPC, le parti qu’il soutient, sur les responsabilités de l’armée dans les exactions documentées par les organisations internationales. Il n’a jamais demandé de comptes sur les conditions de vie des déplacés, sur les enfants privés d’école, sur les familles brisées. Son silence sur cette question est d’autant plus assourdissant qu’il a trouvé le temps et l’énergie de s’exprimer sur une prétendue « cabale » dont il serait la victime.

Une responsabilité qui incombe au RDPC

C’est dans ce contexte que Samuel Eto’o choisit de pointer du doigt le MRC, un parti qui n’a jamais été aux affaires et qui est régulièrement persécuté par le régime en place. Comment peut-on exiger d’une formation politique qui n’a jamais gouverné qu’elle apporte « les améliorations nécessaires au quotidien des Camerounais » ? Comment peut-on lui demander de « servir l’intérêt général » quand elle est empêchée de mener à bien ses activités politiques ?

La réponse est simple : ce n’est pas au MRC, ni à aucun autre parti d’opposition, d’améliorer le quotidien des Camerounais. C’est au parti qui détient le pouvoir depuis 1982, le RDPC, et à son président, Paul Biya. C’est ce parti qui gouverne, qui définit les politiques publiques, qui gère les ressources de l’État et qui porte la responsabilité de la situation actuelle. C’est ce parti qui a la charge de résoudre la crise sécuritaire dans les régions anglophones. C’est ce parti qui doit rendre des comptes sur les scandales financiers, sur la dette colossale, sur les conditions de vie précaires des citoyens.

Samuel Eto’o, en tant que soutien déclaré du RDPC, ne peut pas ignorer cette réalité. Il ne peut pas, d’un côté, apporter son soutien inconditionnel au parti au pouvoir et, de l’autre, s’indigner des conditions de vie des Camerounais en s’en prenant à ceux qui n’ont jamais gouverné.

Le silence assourdissant de Samuel Eto’o

Sur la dette colossale, sur les scandales financiers, sur le détournement de l’or, sur les conditions de vie précaires des Camerounais, sur le chômage des jeunes, sur les coupures d’électricité et d’eau, sur le manque d’accès aux soins de santé, sur la guerre dans les régions anglophones, sur les milliers de morts et les centaines de milliers de déplacés, Samuel Eto’o est resté silencieux. Il n’a jamais demandé de comptes au RDPC. Il n’a jamais dénoncé les politiques qui ont conduit à cette situation. Il n’a jamais interpellé Paul Biya sur les responsabilités de son régime.

En revanche, il prend la parole pour dénoncer une « cabale » dont il serait la victime, et pour accuser un parti d’opposition de « détruire méthodiquement » le Cameroun. Cette asymétrie dans la prise de parole est révélatrice. Elle interroge sur la cohérence de son positionnement et sur la portée réelle de son engagement pour le bien-être des Camerounais.

Le Cameroun mérite mieux

« Le Cameroun et les Camerounais méritent mieux », écrit Samuel Eto’o. Nous sommes d’accord. Ils méritent mieux qu’un système qui dilapide les ressources publiques pendant que le peuple s’appauvrit. Ils méritent mieux qu’une dette colossale qui hypothèque l’avenir des générations futures. Ils méritent mieux que des scandales financiers à répétition qui restent impunis. Ils méritent mieux que des conditions de vie qui se dégradent alors que les richesses du pays sont détournées. Ils méritent mieux qu’une guerre qui dure depuis près de dix ans et qui continue de tuer, de déplacer et de détruire des vies dans les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest.

Ils méritent aussi mieux que des figures publiques qui, par calcul ou par aveuglement, choisissent de désigner des boucs émissaires au lieu de nommer les vrais responsables.

Samuel Eto’o a le droit de se défendre contre ce qu’il considère comme des attaques. Mais s’il veut vraiment que le Cameroun « mérite mieux », il devrait commencer par demander des comptes à ceux qu’il soutient, plutôt qu’à ceux qui n’ont jamais gouverné. Car c’est là, dans le camp qu’il a choisi, que se trouvent les responsables de la situation qu’il prétend dénoncer.

MMINews

Mimi Mefo Info Francais (Editor)

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