Le rappeur camerounais Jovi a vivement critiqué la situation sociale du Cameroun dans une publication diffusée sur ses réseaux sociaux, le 5 novembre 2026. L’artiste dénonce notamment l’absence de perspectives pour la jeunesse, qu’il estime abandonnée par les pouvoirs publics. À plusieurs reprises, il s’interroge sur le sort des enfants et affirme que le pays s’enfonce dans l’obscurité. Il décrit ainsi le Cameroun comme l’un des endroits les plus « déprimants » où vivre.
Cette prise de position intervient dans un contexte marqué par les difficultés d’insertion professionnelle, la précarité et les inégalités d’accès à l’éducation. Plusieurs indicateurs permettent de mesurer l’ampleur des difficultés auxquelles les jeunes Camerounais sont confrontés.
Selon une analyse d’Afrobarometer publiée le 17 août 2026, 36 % des Camerounais âgés de 18 à 35 ans déclarent être sans emploi et à la recherche d’un travail. Cette proportion est supérieure à celle enregistrée chez les générations plus âgées, où elle oscille entre 11 et 28 %. L’approbation de l’action gouvernementale en matière de création d’emplois a également perdu 27 points depuis 2015.
Les données de l’Institut national de la statistique, issues de la troisième Enquête sur l’emploi et le secteur informel (EESI-3), font état d’un taux d’emploi de 39,3 % chez les 15-34 ans. Chez les jeunes femmes, cet indicateur descend à 31,3 %. Par ailleurs, près de 23,2 % des jeunes Camerounais ne sont ni en emploi, ni dans le système éducatif, ni en formation, selon les estimations reprises par Afrobarometer.
Les difficultés commencent parfois dès le parcours scolaire. D’après les données présentées par l’UNESCO en juillet 2026, environ 2,93 millions d’enfants, d’adolescents et de jeunes âgés de 4 à 18 ans étaient hors du système éducatif durant l’année scolaire 2020-2021. Au primaire, plus d’un million d’enfants de 6 à 11 ans n’étaient pas scolarisés. Au second cycle du secondaire, la proportion de jeunes exclus atteignait 32,2 %.
À ces difficultés s’ajoutent les problèmes de protection de l’enfance. Selon l’UNICEF, sur la base de l’Enquête démographique et de santé de 2018, 7,7 % des adolescentes âgées de 15 à 19 ans avaient subi des violences sexuelles. L’organisation relève également qu’un enfant sur trois au Cameroun ne possède pas d’acte de naissance.
La situation sociale des jeunes soulève aussi la question de la délinquance, de la consommation de drogues et des violences. Ces phénomènes, régulièrement signalés dans différentes localités, ne disposent toutefois pas de statistiques nationales suffisamment harmonisées pour établir une évolution précise de leur fréquence. En septembre 2024, les Nations unies relevaient encore des insuffisances dans la collecte et la centralisation des données criminelles au Cameroun, notamment en raison du manque de coordination entre les administrations concernées.
Sur le plan institutionnel, le gouvernement dispose pourtant de plusieurs mécanismes consacrés à l’insertion socio-économique des jeunes. Le ministère de la Jeunesse et de l’Éducation civique bénéficie d’un budget de 28,7 milliards de FCFA pour l’exercice 2026. Le Plan Jeunesse 2025-2030 prévoit, quant à lui, une enveloppe globale de 386,1 milliards de FCFA, dont 30,2 milliards destinés à l’emploi et à l’insertion économique. La question de l’impact concret de ces investissements sur l’accès à l’emploi et l’autonomie des jeunes reste néanmoins centrale.
Le désenchantement se manifeste également à travers les intentions de départ. Selon Afrobarometer, 61 % des jeunes interrogés déclarent avoir déjà envisagé de quitter le Cameroun, principalement pour rechercher de meilleures opportunités économiques et professionnelles. Par ailleurs, 77 % estiment que le pays évolue dans la mauvaise direction.
En évoquant la disparition de ce qu’il chérissait durant son enfance et en répétant « Où sont les enfants ? », Jovi pose ainsi la question de la place accordée aux nouvelles générations dans les priorités nationales. L’artiste termine sa publication en se déclarant « pro-vie », sans apporter davantage de précisions sur cette formule.
Figure du rap camerounais, Jovi s’est fait connaître autour de 2011, notamment grâce à l’utilisation du pidgin dans ses productions musicales. Son premier album, H.I.V (Humanity Is Vanishing), est sorti sous le label MuMak, qu’il a quitté au début de l’année 2013.
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