Dans une lettre ouverte adressée à Paul Biya, Serge Espoir Matomba, Premier secrétaire du Parti Uni pour la Rénovation Sociale (PURS), formule un diagnostic sévère de la situation économique du Cameroun et plaide pour une transformation radicale du modèle en place. Vie chère, chômage massif des jeunes, dépendance extérieure chronique : l’opposant estime qu’il est urgent de rompre avec les logiques actuelles et d’engager le pays sur la voie d’une souveraineté économique assumée. Une prise de position qui, au-delà du geste politique, relance un débat national longtemps esquivé.
Au cœur de sa démarche, Matomba cible l’architecture monétaire héritée du franc CFA, qu’il décrit comme un frein structurel à l’autonomie du pays. Selon lui, la création d’une monnaie nationale ou régionale, adossée aux ressources locales et soutenue par des institutions fortes, constituerait non pas un isolement mais un acte de responsabilité économique. Ce discours, entendu depuis des années dans divers cercles politiques et intellectuels, se heurte toutefois à la prudence des institutions financières nationales, qui redoutent une transition mal préparée et ses effets potentiellement déstabilisateurs.
L’autre volet de sa critique porte sur le modèle de croissance, qu’il juge trop dépendant de l’endettement extérieur et insuffisamment tourné vers la production locale. Le leader du PURS appelle à réorienter les investissements vers l’agriculture, l’énergie et la transformation industrielle, dénonçant au passage des contrats miniers, pétroliers et forestiers jugés déséquilibrés au profit des multinationales. Il plaide pour une taxation plus vigoureuse de ces entreprises et une renégociation des concessions afin de retenir davantage de valeur ajoutée dans l’économie nationale. Mais ces propositions posent une question centrale : l’État a-t-il réellement les marges politiques et diplomatiques pour imposer une telle inversion de rapports de force ?
Enfin, Matomba inscrit son plaidoyer dans une perspective sociale, rappelant que la prospérité ne se mesure pas seulement à l’aune des indicateurs macroéconomiques, mais dans les conditions de vie quotidiennes : accès à l’éducation, à la santé, à la sécurité, à un emploi décent. Il en appelle à une gouvernance plus transparente et à une planification cohérente, estimant que « le moment est venu » pour le Cameroun de devenir le moteur économique de l’Afrique centrale. Reste à savoir si cette interpellation trouvera un écho au sommet de l’État, dans un contexte politique marqué par la prudence, voire l’immobilisme, sur les sujets touchant à la souveraineté économique.
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