Cameroon

Textile au Cameroun : l’armée inaugure un atelier industriel, mais les zones d’ombre persistent

Le ministre de la Défense, Joseph Beti Assomo, a inauguré le 25 septembre à Yaoundé l’« Atelier central de confection des armées et de la gendarmerie », une infrastructure censée produire entre 700 et 1 000 tenues par jour. Présentée comme un tournant majeur vers l’autosuffisance, cette initiative s’inscrit dans la politique d’import-substitution prônée par le gouvernement. Mais au-delà de l’enthousiasme officiel, plusieurs interrogations demeurent : coût du projet gardé secret, faisabilité réelle, et surtout absence de lien clair avec d’autres promesses similaires déjà annoncées.

En effet, cet atelier devrait permettre aux forces de défense de passer du statut de « consommateur » à celui de « producteur », selon les termes du ministre. Des soldats retraités spécialisés dans le textile ont même été rappelés pour encadrer les jeunes recrues. Le dispositif pourrait également bénéficier à d’autres corps en uniforme, comme la police. Pourtant, cette annonce contraste avec le silence total entourant l’usine textile de Mengong, présentée en grande pompe en 2023 devant l’Assemblée nationale mais restée depuis lettre morte. Ni étude de faisabilité, ni appel d’offres, ni calendrier n’ont été rendus publics, renforçant le sentiment d’un projet figé dans les discours.

Sur le plan économique, l’armée s’invite ainsi dans un secteur stratégique où les attentes sont immenses. Le pays importe encore massivement ses tissus et uniformes, tandis que la Société de développement du coton (Sodecoton) peine à écouler une production nationale insuffisamment transformée. La Stratégie nationale de développement 2020-2030 vise pourtant à porter la production cotonnière à 600 000 tonnes par an et à transformer localement la moitié de la fibre. Si l’atelier de Yaoundé représente un pas dans cette direction, son impact restera marginal sans un véritable réseau industriel capable d’absorber et de valoriser les volumes produits.

Derrière les discours officiels, l’impression demeure que l’État avance par à-coups, inaugurant des structures symboliques sans clarifier les moyens, les objectifs chiffrés ni la cohérence d’ensemble. Le risque est que ce nouvel atelier rejoigne la longue liste des projets présentés comme des « tournants historiques » mais rapidement oubliés, faute de suivi, de transparence et d’une vision industrielle assumée.

Mimi Mefo Info Francais (Editor)

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