Cameroon

Un prêt de 142,5 milliards FCFA pour le bitumage des tronçons Abong-Mbang–Lomié et Ekong–Bengbis

À moins de deux mois de l’élection présidentielle, Yaoundé sort le carnet de chèques pour les régions de l’Est et du Sud. Le 12 août, au Minepat, le gouvernement camerounais et la Banque de développement des États de l’Afrique centrale (BDEAC) ont signé un accord de prêt pour bitumer deux axes importants : Abong-Mbang–Lomié (122 km) et Ekong–Bengbis (42 km). Montant : 142,5 milliards de FCFA, dont 99,85 milliards prêtés par la BDEAC et 42,7 milliards pris en charge par l’État. Officiellement, il s’agit de désenclaver les zones, de dynamiser le commerce transfrontalier avec le Congo, la Centrafrique et le Tchad, et de faciliter l’écoulement des productions minières et agricoles. Officieusement, difficile de ne pas y voir un coup de communication électoral ciblé vers des bastions électoraux stratégiques.

Pourtant, ce projet n’est pas nouveau. Il relève du Programme d’aménagement et de développement intégré du Dja (Padi-Dja), lancé il y a plusieurs années mais resté en sommeil. Pendant ce temps, les habitants de localités comme Messock ont continué de parcourir 187 km jusqu’à Abong-Mbang, faute de route asphaltée. « Si le bitume est déjà à Lomié, nous n’aurons plus que 60 km à parcourir », témoigne un chef local. La promesse est belle, mais elle sonne comme un vieux refrain : depuis des décennies, les mêmes axes sont annoncés, inaugurés sur papier, puis laissés à l’abandon.

L’urgence de ce chantier est indéniable. Les routes défoncées freinent le transport des récoltes, gonflent les coûts, découragent les investisseurs et isolent des communautés entières. Mais les financements arrivent étrangement à point nommé, juste avant une échéance électorale cruciale. Et dans un pays où les grands projets se perdent souvent dans les labyrinthes de la corruption, le risque est grand que ce chantier serve plus à alimenter les discours qu’à améliorer le quotidien des populations.

Pour que cette signature ne soit pas un simple geste politique, il faudra une exécution rapide, transparente et contrôlée. Faute de quoi, les 142,5 milliards annoncés rejoindront la longue liste des promesses en bitume jamais sorties de terre. Les habitants de l’Est et du Sud, eux, n’ont pas besoin de nouvelles cérémonies. Ils veulent voir les machines travailler, et surtout, rouler enfin sur du vrai goudron.

Mimi Mefo Info Francais (Editor)

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