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Voiries urbaines : un marché de gré à gré de 8,3 milliards FCFA confié à Razel

Le gouvernement camerounais a attribué, dans une relative discrétion, un marché de gré à gré d’un montant de 8,3 milliards FCFA à l’entreprise française Razel Cameroun, pour la réhabilitation des voiries urbaines « sur l’ensemble du territoire national ». Signé le 10 juin 2025 par la ministre de l’Habitat et du Développement urbain, Célestine Ketcha Courtès, ce contrat éveille des interrogations, tant sur son mode d’attribution que sur le manque de transparence autour des localités ciblées et de la nature des travaux à réaliser.

Le document officiel mentionne que ce marché, concernant uniquement le « lot 1 » et prévu pour une durée d’exécution de huit mois, a reçu le feu vert de la présidence de la République dès le 14 avril 2025. Curieusement, aucune précision n’est donnée sur les villes ou quartiers concernés, ni sur la consistance technique des interventions prévues. Contactés à ce sujet, les responsables du ministère se sont abstenus de toute explication, alimentant davantage le flou autour d’un projet financé sur fonds publics, via le budget d’investissement du ministère.

Cette démarche entraîne des inquiétudes récurrentes sur la gouvernance des marchés publics au Cameroun. Loin de constituer un cas isolé, ce contrat s’inscrit dans une série d’attributions par entente directe opérées ces derniers mois sous couvert d’« urgence », notamment dans les villes de Douala et Yaoundé où la dégradation avancée des routes a poussé les autorités à accélérer les procédures. Ainsi, un autre marché, d’un montant équivalent, a été confié à JFF Équipement Forcier Cameroun Sarl pour la réhabilitation de la voirie de Yaoundé 7.

Si l’urgence de la situation routière notamment des voiries urbaines est indiscutable, elle ne devrait pas occulter l’exigence de transparence et de redevabilité dans l’usage des deniers publics. À défaut de rendre publics les cahiers de charges et les critères de sélection, ces contrats à répétition, attribués sans appel d’offres, risquent de nourrir la méfiance des citoyens envers la gestion des affaires publiques, dans un contexte socio-économique où chaque franc dépensé compte.

Gilles Noubissi

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