C’est un rappel d’une information qui date de quelques mois, mais la situation continue de s’empirer. Classé 93e sur 93 dans le tout dernier rapport mondial sur le développement de la fibre optique publié par le WBBA et le cabinet Omdia, le Cameroun décroche en 2024 la dernière place au classement international. Une position peu flatteuse qui révèle un retard criard dans le développement des infrastructures numériques, alors même que le pays dispose de ressources technologiques largement sous-exploitées. Ce classement intervient dans un contexte où l’accès au haut débit est devenu un levier incontournable pour la croissance économique, l’éducation, la santé et l’inclusion sociale. De plus, la MINPOSTEL entend créer des emplois grâce à l’intelligence artificielle d’ici 2040.
Le rapport pointe du doigt plusieurs faiblesses structurelles : un faible taux de pénétration de la fibre jusqu’au domicile, une couverture insuffisante des entreprises, une lenteur des vitesses de connexion et une latence élevée. Pourtant, le Cameroun est traversé par pas moins de cinq câbles sous-marins (SAT3, WACS, SAIL, ACE et NCSCS ) qui pourraient largement soutenir ses ambitions numériques. Selon un rapport de la Société financière internationale, ces infrastructures restent dramatiquement sous-utilisées, avec moins de 15 % de la capacité du câble SAT3 exploitée depuis son lancement il y a 17 ans.
Si les autorités mettent en avant les 15 000 km de fibre déjà déployés sur le territoire et les objectifs annoncés pour étendre ce réseau, la fracture reste béante entre zones urbaines et rurales. À Douala et Yaoundé, l’accès progresse, mais dans le reste du pays, le « fiber gap » persiste, laissant plus de 14 millions de Camerounais sans accès à une connexion digne de ce nom. L’investissement reste trop faible, la régulation trop permissive et les opérateurs privés peu incités à couvrir des zones jugées peu rentables.
Pour sortir de cette impasse, le rapport recommande au Cameroun de miser sur des solutions hybrides, comme l’Internet sans fil fixe (FWA), tout en renforçant progressivement le déploiement de la fibre. Mais au-delà des technologies, c’est une véritable volonté politique et stratégique qu’il faudra démontrer. Le numérique n’est plus un luxe ; il conditionne désormais l’avenir du pays.
Avec le projet de la ministre des poste et télécommunications Minette Libom Li Likeng de créer 12.000 emplois grâce à l’intelligence artificielle d’ici 2040, on se pose bien la question de savoir comment le Cameroun parviendra à réaliser cet exploit avec une qualité de connexion aussi pauvre.
