Lors d’un meeting du RDPC tenu à la mairie de Yaoundé 7e à Nkolbisson, le ministre de l’Éducation de base, Laurent Serge Etoundi Ngoa, a choisi de quitter le terrain de ses responsabilités pour entrer dans l’arène politicienne. C’est avec virulence qu’il a pris pour cible Maurice Kamto, lui lançant un défi de débat public, au motif que ce dernier n’aurait pas su faire réparer la route menant à son domicile. Une attaque aussi surprenante que déplacée, quand on sait que Maurice Kamto est candidat à l’élection présidentielle, et non à une joute de quartier. Pendant ce temps, le système éducatif dont M. Etoundi Ngoa a la charge s’effondre sous ses yeux, dans l’indifférence presque assumée de ses principaux responsables.
Car faut-il le rappeler : la mission d’un ministre de l’Éducation de base est de garantir à chaque enfant l’accès à un enseignement de qualité, dans des conditions dignes et équitables. Or, sur ce front, le bilan est accablant. Des milliers d’écoliers camerounais apprennent toujours à lire et à écrire assis à même le sol, dans des salles de classe délabrées ou inexistantes, parfois en plein air. Dans de nombreux villages, il n’existe tout simplement pas de structure scolaire fonctionnelle. Ailleurs, par manque d’enseignants, on regroupe les élèves de différents niveaux dans la même salle, sous la houlette d’un seul instituteur, souvent sous-payé, débordé, et désabusé.
Le malaise est profond : le taux de scolarisation chute de manière inquiétante, tandis que l’analphabétisme progresse silencieusement. Nombre d’enseignants ne rêvent plus que d’une chose : quitter le pays. Lassés de salaires dérisoires, de conditions de travail humiliantes et d’un mépris institutionnel persistant, beaucoup cherchent refuge à l’étranger, dans l’espoir d’une vie plus décente. Ce tableau alarmant ne semble pourtant pas troubler le ministre Etoundi Ngoa, plus prompt à défendre un président de 92 ans, au pouvoir depuis 43 ans, qu’à défendre les droits fondamentaux des enfants camerounais.
Ce qui choque davantage, c’est l’acharnement de ce ministre – comme tant d’autres – sur Maurice Kamto, alors même que 82 candidatures ont été déposées à Elecam pour l’élection présidentielle. Plutôt que d’élever le débat, ils l’abaissent, préférant les invectives au lieu des idées, les railleries au lieu des réformes. Dans un pays où l’éducation de base devrait être une urgence nationale, voir le premier responsable du secteur détourner les projecteurs vers un règlement de comptes politique local en dit long sur la dérive de l’État. Pendant qu’on amuse la galerie avec des défis absurdes, c’est toute une génération d’enfants qui grandit dans l’oubli.

