C’est sans doute un cas unique pour une capitale économique dans le monde : à Douala, pour simplement vaquer à leurs occupations, les habitants doivent d’abord prier. Et pas seulement pour la réussite de leurs projets, mais pour arriver en bonne santé à leur lieu de travail. La raison ? L’état de dégradation avancée des axes routiers. Pas un seul arrondissement n’est épargné. Nous avons sillonné la ville pour constater l’ampleur du désastre.
Douala 4e : Bonaberi, la patience mise à rude épreuve
À l’entrée de la ville, au niveau de l’échangeur, la situation semble déjà livrée à la Providence. Commençons par le rond-point du carrefour Rails : pour les voyageurs venant de l’Ouest, il faut compter entre deux et trois heures d’attente pour rejoindre la gare routière de Bonaberi. Les énormes nids-de-poule (ou plutôt « nids d’éléphants ») obligent les véhicules à avancer à pas de tortue. Piétons, cyclistes, automobilistes : personne n’est épargné.

Un peu plus loin, au lieu-dit « Entrée Sapeur » sur la nationale n°5 (Douala-Bafoussam), pas un jour ne passe sans qu’un véhicule ne bloque la circulation à cause de l’état du rond-point. Situé pourtant à quelques mètres de la mairie de Douala 4e, cet endroit ressemble davantage à un champ de ruines qu’à une route reliant deux régions.
Douala 1er : Deido, « trois boutiques » et mille problèmes
Juste après le pont sur le Wouri, au lieu-dit « 3 Boutiques » à Deido, c’est un autre parcours du combattant. Comme à l’Entrée Sapeur, les accidents sont fréquents. Les camions tombent régulièrement en panne et les embouteillages aux heures de pointe sont infernaux.

Douala 3e : la nationale n°3, entre ornières et inondations
Ici, on monte d’un cran. Passons rapidement sur le carrefour Ndokoti pour arriver sur la nationale n°3 (Douala-Yaoundé). Reliant les deux capitales, cet axe est l’incarnation du slogan « L’État est debout »… mais pas les routes. À certains carrefours, il faut garder l’équilibre comme sur un terrain miné.
Au lieu-dit « Entrée Billes », les usagers, désespérés, ont fini par remettre leur sort entre les mains de Dieu. Les automobilistes roulent accompagnés d’un mécanicien, prêts à intervenir à tout moment. Ici, le code de la route n’existe plus : seul l’instinct de survie permet de s’en sortir.

Un peu plus loin, au rond-point marché Ndogpassi, les inondations ont élu domicile. En saison des pluies, les habitants ont surnommé ce lieu « le lac Paul Biya », tant la situation perdure, à l’image du long règne du chef de l’État.

La pénétrante Est : 15 ans d’attente
Toujours sur la nationale n°3, la pénétrante Est est l’apothéose de ce calvaire. Lancés il y a 15 ans, les travaux de ce tronçon de 9 km censé désengorger l’axe lourd ne sont toujours pas achevés. Malgré l’annonce d’un avancement de 85 % par le ministre des Travaux publics il y a quelques mois, la réalité est tout autre : la circulation y est devenue un enfer. Il faut désormais jusqu’à quatre heures pour parcourir la distance entre le carrefour Yassa et le pont sur la Dibamba.
Conséquences : pertes financières pour les entreprises de transport et les commerçants, retards chroniques, rendez-vous manqués…
Ndogpassi : l’espoir brisé
Sur une route annexe de la pénétrante Est, reliant « Entrée Chefferie » à « Entrée Lycée », une lueur d’espoir avait surgi avec la visite de la ministre Célestine Ketcha Courtes. Mais après un semblant de démarrage, les travaux sont à l’arrêt. Engins absents, caniveaux préfabriqués abandonnés sur le bas-côté, chaussée terrassée et transformée en bourbier… Les habitants peinent à se déplacer, et à l’approche de la rentrée scolaire, les élèves des deux lycées du quartier (bilingue et technique) s’apprêtent à vivre une nouvelle saison de galère.


Douala 5e : routes dégradées et montagnes d’ordures
Le tronçon reliant le carrefour Ndokoti aux PK n’échappe pas à la règle : la dégradation dure depuis des années. Et lorsque ce ne sont pas les routes, ce sont les tas d’ordures qui imposent leur loi, notamment au carrefour PK14. Les commerçants occupent la chaussée, cohabitant avec des poubelles jamais ramassées depuis des mois par Hysacam, qui réclame 7,7 milliards FCFA à l’État.

Une capitale économique à genoux
Douala, censée refléter la puissance économique du Cameroun, sombre dans la décrépitude. Les infrastructures se détériorent, et aucune solution concrète ne se profile. Ni les maires d’arrondissements, ni le « super maire » de la ville, ni le ministre des Travaux publics, ni le MINHDU ne semblent en mesure de redonner à Douala ses lettres de noblesse. Une chose est sûre : l’État est debout… mais Douala est à terre.

