La scène est inédite à Garoua. Ce vendredi, à la mosquée située devant le Lamida, l’appel lancé par l’imam à prier en faveur d’un 8ᵉ mandat de Paul Biya a provoqué une véritable onde de choc. En signe de désapprobation, les fidèles présents ont préféré quitter le lieu de culte, transformant ce moment de prière en un acte collectif de protestation silencieuse.

Dans un contexte où la présidentielle de 2025 approche, la tentative de mêler le culte musulman à un mot d’ordre partisan a déclenché un malaise profond. Les fidèles, en quittant la mosquée, ont exprimé leur refus de voir la religion utilisée comme outil de légitimation d’un pouvoir en place depuis plus de quatre décennies.
La réaction des croyants traduit aussi une fatigue grandissante face aux appels répétés à soutenir un nouveau mandat de Paul Biya, âgé de 92 ans. Pour de nombreux observateurs, cet épisode illustre l’exaspération d’une partie de la population face à la personnalisation du pouvoir et à l’effritement de la frontière entre institutions religieuses et politiques.
À Garoua, ville symbolique du Nord, traditionnellement perçue comme un bastion électoral du régime, le départ massif des fidèles de la mosquée pourrait être interprété comme un signe d’essoufflement du soutien populaire. Plus qu’un simple incident, il s’agit peut-être d’un avertissement : la foi n’est pas un terrain de manœuvre politique, et les Camerounais semblent de plus en plus déterminés à le rappeler.
