Le dossier du scanning au Port Autonome de Douala (PAD) dépasse désormais le cadre d’un simple différend technique ou contractuel. Ce qui semblait au départ une affaire administrative révèle aujourd’hui des fractures profondes au sommet de l’État, opposant sécurité nationale et intérêts gouvernementaux.
Au centre des interrogations : le ministre des Finances, Louis Paul Motazé. Son insistance à maintenir la SGS dans l’activité de scanning au PAD interroge, surtout dans un contexte où la dimension sécuritaire de cette mission est cruciale. Le scanning portuaire n’est pas une formalité douanière: il constitue un maillon essentiel de la sûreté nationale, chargé de détecter armes, produits prohibés et flux illicites. Plusieurs services stratégiques (le Ministère de la Défense, la Délégation Générale à la Sûreté Nationale, la Direction de la Surveillance du Territoire et la Direction Générale de la Recherche Extérieure) interviennent quotidiennement dans ce processus.

Pourtant, des rapports transmis à la Présidence font état de vulnérabilités préoccupantes dans le dispositif de SGS. Les informations révèlent que, depuis 2015, SGS était présente des failles. Dans ce contexte, la question devient centrale: l’appareil sécuritaire camerounais peut-il réellement s’opposer aux intérêts affirmés du gouvernement et imposer la sécurité nationale? Pourquoi ne pas envisager une solution souveraine, par exemple en dotant directement le port de son propre matériel? Une telle initiative permettrait de sécuriser le processus tout en réduisant la dépendance à une société étrangère et en garantissant la transparence financière.
Depuis le décret de 2019 portant réorganisation du PAD, la plateforme jouit d’une autonomie financière et d’une personnalité juridique affirmée. La tutelle administrative relève du ministère des Transports, avec la coordination de l’Autorité Portuaire Nationale (APN). Pourtant, l’implication répétée du Minfi dans ce dossier nourrit le sentiment d’un bras de fer institutionnel, où des considérations politiques et financières semblent primer sur les impératifs sécuritaires. La comparaison avec le Port Autonome de Kribi, où la contractualisation d’un opérateur de scanning ne suscite pas la même controverse, accentue le malaise.
La véritable question dépasse le contrat : elle concerne la hiérarchie des priorités. La sécurité nationale ne tolère aucune zone grise. Si des alertes ont été remontées par l’appareil sécuritaire, elles doivent recevoir une réponse claire, transparente et assumée. Maintenir un opérateur contesté malgré ces signaux fragilise la perception publique de la gouvernance et expose le pays à des risques évitables.


Dans ce dossier sensible, Louis Paul Motazé se retrouve en première ligne. Son choix de maintenir SGS engage non seulement sa responsabilité politique, mais teste aussi la capacité de l’appareil sécuritaire à faire respecter l’intérêt national face à des pressions gouvernementales. Dans un État confronté à des défis sécuritaires multiples, la moindre ambiguïté peut coûter cher, tant sur le plan de la sûreté que sur celui de la confiance des citoyens.
