À l’Université de Yaoundé I, la question du respect des procédures administratives revient sur la table. Deux dossiers, sans lien apparent, mettent en lumière des pratiques de gestion du personnel qui interrogent juristes et observateurs.
Dossier 1 : le retour du Dr Gaston Ndock Ndock
Des faits au licenciement
Recruté le 1er mars 2012 comme Assistant, le Dr Gaston Ndock Ndock, Ph.D en Géographie, a évolué jusqu’au grade de Chargé de Cours à l’UYI.
Le 11 août 2023, le Recteur de l’époque, Pr Maurice Aurélien Sosso, signe sa mise à pied. Décision n°003/UY1/R/SG/DAAC/DRH. Motif : « faute professionnelle lourde ». On lui reproche injures, propos orduriers, violation du secret professionnel, fuite de documents confidentiels et absentéisme. La tutelle, le Pr Jacques Fame Ndongo, a donné son accord. Le poste a été relancé et pourvu.

Le revirement de 2026
Trois ans plus tard, le 22 avril 2026, le Recteur actuel Pr Rémy Magloire Etoua « rapporte » cette décision et ordonne la réintégration de l’enseignant. Il s’appuie sur les conclusions d’un Conseil de discipline réuni le 22 janvier 2026 et un avis du 5 février 2026.
Ce que disent les textes
- Fin de carrière : Un licenciement pour faute lourde est définitif. Surtout quand le poste est repourvu. Il n’y a donc plus de support à réactiver.
- Qui nomme qui ? Le Décret 2005/142 est clair. Le recrutement d’un Chargé de Cours passe obligatoirement par le CCIU, sous présidence du MINESUP. Le Recteur n’a pas cette compétence.
- Le rôle du Conseil : Créé par le Décret 93/026, il donne un avis sur une sanction. Il ne crée pas un droit au retour deux ans après.
- Vide juridique : Aucun texte ne permet d’annuler un licenciement devenu exécutoire. Cette réintégration crée un surnombre.
- L’argent public : La décision court à partir d’avril 2026. Mais des indiscrétions parlent de salaires versés entre 2023 et 2026. Possible violation de l’art. 18 de la loi 2007/006 : « pas de paiement sans service fait ».
Dossier 2 : l’affaire des PC « Paul Biya »
Le 7 avril 2021, deux élèves-professeurs de l’ENS de Yaoundé sont suspendus : Hornelle Vanessa Kamaha, ex-présidente des étudiants en Sciences, et Etienne Mendo Misongo. Ils sont suspectés d’avoir détourné plus de 400 ordinateurs de l’initiative PB-HEV. L’affaire est au Tribunal Criminel Spécial. Un agent d’appui, M. Miwalack, est lui licencié.
Quatre ans plus tard, coup de théâtre. L’arrêté MINSEC du 31 décembre 2025 affecte Kamaha et Mendo Misongo dans des lycées publics comme lauréats de la 64e promotion de l’ENS. Ils sont donc fonctionnaires.
Comment intégrer des personnes encore concernées par une procédure judiciaire ? La question de l’exemplarité est posée.
Au-delà des noms : un problème de système
Ces deux cas posent la même question : le respect de la loi. Dans les universités d’État, les compétences sont partagées entre le Recteur et la tutelle. Les contourner, c’est fragiliser l’acte administratif.
Pis encore : en décembre 2024, l’Université de Yaoundé a disparu des grands classements internationaux. Or la « gouvernance » est notée.
Et maintenant ?
La décision de réintégration du 22 avril 2026 pourrait finir devant le Tribunal administratif de Yaoundé. Pour le Dr Ndock Ndock, la voie normale aurait été un nouveau concours via CCRA/CCIU.
Pour les autres, le MINESUP et le MINSEC devront clarifier leur position sur les réintégrations en cours de procédure.
Dans une université, la première exigence n’est pas la performance. C’est le droit.