Huit femmes assassinées en l’espace de huit jours. Le chiffre a suffi à faire sortir Douala Hélène Ekwessa de sa réserve. Dans une déclaration rendue publique ce mercredi, la vice-présidente du Front pour le Changement du Cameroun s’en prend directement à Marie-Thérèse Abena Ondoa, ministre de la Promotion de la Femme et de la Famille, qu’elle somme de présenter un plan national concret ou de quitter ses fonctions.

Pour la responsable politique, le pays a franchi un seuil critique. « Les femmes camerounaises ont besoin de protection, pas seulement de compassion après leur mort », écrit-elle, réclamant un dispositif d’alerte accessible, des structures d’accueil pour les victimes et un suivi rigoureux des plaintes. Elle dénonce un cycle où « l’émotion retombe » après chaque drame, avant qu’une autre femme ne soit tuée.
Sa déclaration réclame par ailleurs que la loi frappe sans complaisance les auteurs de ces crimes, sans excuse tirée d’une dispute conjugale ou de l’alcool, tout en insistant sur l’éducation à la non-violence dès l’école.
Les chiffres donnent du poids à cette colère. Selon les statistiques officielles du Minproff, le Cameroun est passé de 50 féminicides en 2023 à 67 en 2024, puis 77 en 2025, une progression que le gouvernement lui-même qualifiait en juin de tendance haussière préoccupante. Un rapport d’organisations de la société civile publié fin juillet recensait déjà 53 cas depuis janvier, un chiffre que plusieurs collectifs jugent en dessous de la réalité du terrain.

L’actualité récente illustre cette hémorragie. Le 22 août, à Bende dans l’arrondissement de Douala V, Modestine Maffo, mère de deux enfants, aurait été poignardée à son domicile par son époux à la suite d’une dispute. D’autres drames similaires ont marqué l’année, d’Evodoula à Kousseri en passant par Sangmélima, où une jeune femme de 27 ans avait été retrouvée morte en février, son compagnon soupçonné.
Le ministère avait pourtant évoqué, lors de la session parlementaire de juin, un projet de loi spécifique sur les violences basées sur le genre, présenté comme étant en bonne voie. Pour Douala Hélène Ekwessa, les intentions ne remplacent pas l’action.
Reste à savoir si cet appel obtiendra une réponse officielle du département ministériel dans les prochains jours. Ce que réclame la déclaration tient en une phrase : protéger les femmes vivantes plutôt que pleurer les mortes.