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Agriculture d’exportation : le Cameroun encaisse une chute libre de 6,3 points en 2025

Mimi Mefo Info Francais (Editor) by Mimi Mefo Info Francais (Editor)
September 7, 2026
in Cameroon, Economy, Français
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Après une année 2024 exceptionnelle, le secteur de l’agriculture industrielle et d’exportation a brutalement changé de visage en 2025. La banane, le caoutchouc et surtout le coton ont plombé les performances, tandis que le cacao, porté par des cours mondiaux favorablement orientés, a joué les amortisseurs. Une contraction qui fragilise un peu plus la balance commerciale du pays.

Agriculture d'exportation

Le rapport sur l’économie camerounaise en 2025, présenté le 25 août 2026 par le ministère de l’Économie, de la Planification et de l’Aménagement du territoire (Minepat), ne laisse guère de place à l’optimisme. Après une croissance de 9,5 % en 2024, l’agriculture industrielle et d’exportation s’est contractée de 3,2 % en 2025. Soit un écart de 12,6 points de pourcentage en l’espace d’un an. « Cette contre-performance s’explique en grande partie par les résultats en berne enregistrés dans plusieurs productions majeures orientées à l’exportation, notamment la banane, le caoutchouc et le coton », indique le document du Minepat.

Dans le détail, les exportations de banane ont reculé de 9 % en valeur. Celles de caoutchouc ont chuté de 12,5 %. Mais c’est le coton qui accuse la plus forte dégringolade, avec un recul de 23,6 % des exportations.

Coton : la filière sinistrée

La situation du coton est particulièrement alarmante. Selon les données de l’Institut national de la statistique (INS), les exportations de coton brut ont dégringolé de 29,7 % en 2025, passant de 177,1 milliards FCFA en 2024 à 124,4 milliards. En volume, la chute atteint 24 %, avec 115 493 tonnes exportées contre 151 922 tonnes l’année précédente.

La Note de conjoncture économique du ministère des Finances pointe du doigt les conditions climatiques défavorables. Les inondations survenues dans les régions du Nord et de l’Extrême-Nord, principaux bassins de production cotonnière, ont réduit les surfaces cultivées et perturbé la récolte. Au deuxième trimestre 2025, la production de fibre s’est effondrée de 75,9 % par rapport au premier trimestre, traditionnellement la période de grande récolte.

Sur les marchés internationaux, les cours du coton brut ont reculé de 9,5 % en glissement annuel, sous l’effet conjugué d’une offre mondiale en hausse (portée par la reprise de la production au Brésil, aux États-Unis et en Australie) et d’un affaiblissement de la demande en provenance de Chine et de l’Union européenne. Sur les six premiers mois de l’année, les recettes d’exportation de coton brut ont déjà perdu environ 19 milliards FCFA par rapport à la même période en 2024.

« La situation du coton camerounais est alarmante, surtout dans un contexte où la demande mondiale est en pleine croissance. Selon le rapport d’Afreximbank présenté il y a un mois, le coton est l’un des moteurs de la reprise agricole en Afrique en 2026, mais nos régions productrices ont souffert des inondations et de la dégradation des terres », alerte Aïcha Bouba, économiste. Elle estime qu’« il est impératif que les politiques publiques soutiennent davantage la relance de notre filière coton pour ne pas rater cette opportunité africaine ».

Face à l’urgence, la Société de développement du coton du Cameroun (Sodecoton) et l’Observatoire national sur les changements climatiques (Onacc) ont signé en 2025 un accord-cadre de cinq ans pour renforcer la résilience de la production face aux aléas climatiques. Par ailleurs, un prêt de 66,9 milliards FCFA a été mobilisé pour soutenir la fourniture d’intrants et la commercialisation des filières coton et soja. Des mesures sans doute nécessaires, mais qui peinent à masquer l’ampleur des dégâts.

Cacao : le sauveur inattendu

Toutes les filières n’ont pas connu le même sort. Le cacao a continué à soutenir les performances agricoles. Ses exportations de fèves ont généré 810,2 milliards FCFA en 2025, en hausse de 18,7 % par rapport à 2024. Une performance qui s’inscrit dans la continuité d’une année 2024 déjà exceptionnelle, marquée par une progression de 90 % des recettes. Selon l’INS, le cacao a même détrôné le pétrole comme premier produit d’exportation du Cameroun en 2025, représentant 26,3 % des recettes totales.

Cette résistance s’explique par la bonne tenue des cours mondiaux. D’après les données de la Banque mondiale citées par l’INS, les prix du cacao ont progressé de 6,4 % en 2025, après une envolée de 123,4 % en 2024. Les produits semi-transformés (pâte et beurre de cacao) ont également contribué à la performance, générant 377 milliards FCFA, soit 12,2 % des recettes d’exportation.

Banane : une filière sous influence française

Le secteur bananier présente un tableau contrasté. Les exportations globales ont atteint 225 345 tonnes en 2025, en hausse de 7 % par rapport à 2024. Mais cette progression cache des disparités importantes. La Compagnie des bananes de Mondoni (CDBM), filiale du groupe français Compagnie fruitière de Marseille, a bondi de 69,5 % pour atteindre 23 814 tonnes. La Cameroon Development Corporation (CDC), agro-industrie d’État, a également progressé de 33,6 %.

En revanche, les Plantations du Haut Penja (PHP), leader historique du marché, ont vu leurs volumes légèrement reculer de 1 %. Boh Plantations Plc, devenu le petit poucet de la filière, a subi une chute de 35,8 % après avoir été racheté par le groupe français. La Compagnie fruitière de Marseille contrôle désormais plus de 80 % du marché camerounais de la banane. Une concentration qui interroge sur la souveraineté du pays dans une filière stratégique.

Vivrier : une croissance timide

L’agriculture vivrière, elle, a enregistré une légère croissance de 3,7 % en 2025, contre 3,2 % en 2024. Une progression qui doit être relativisée : les conditions climatiques défavorables en début d’année – fort ensoleillement, hausse des températures, assèchement des cours d’eau – ont impacté les rendements dans plusieurs zones de production, selon le rapport du Minepat.

Un déficit commercial qui se creuse

La contre-performance de l’agriculture d’exportation s’inscrit dans un contexte macroéconomique préoccupant. Le déficit commercial du Cameroun a atteint 2 098 milliards FCFA en 2025, voire 2 145,2 milliards selon certaines sources, en aggravation de 22,8 % par rapport à 2024. Les exportations totales de biens ont reculé de 5,2 %.

Pourtant, les recettes d’exportation des produits agricoles ont augmenté de 8,8 %, atteignant 1 200 milliards FCFA. Mais cette hausse, tirée par les prix du cacao, n’a pas suffi à compenser le repli des hydrocarbures et la flambée des importations. Le secteur agricole a généré 3 970 milliards FCFA de valeur ajoutée en 2025, soit 11,5 % du PIB nominal. Un poids considérable, mais qui ne masque pas la fragilité d’un modèle reposant sur quelques matières premières exposées aux aléas climatiques et aux fluctuations des cours.

Des défis structurels à relever

Au-delà des aléas conjoncturels, l’agriculture d’exportation camerounaise souffre de maux structurels : dépendance à quelques filières, faible transformation locale, vulnérabilité climatique, concentration du marché bananier entre des mains étrangères. La Stratégie nationale de développement 2020-2030 (SND30) fixe pourtant des objectifs ambitieux, comme porter la production de banane à 500 000 tonnes par an à l’horizon 2030. Mais le chemin est encore long.

La filière coton, qui contribue à 1,5 % du PIB et à 5 % du PIB agricole, illustre parfaitement ces fragilités. Les inondations de 2025 ont rappelé, s’il en était besoin, que le changement climatique n’est pas une menace lointaine, mais une réalité qui frappe déjà les bassins de production. La signature de l’accord entre Sodecoton et l’Onacc est un premier pas, mais il faudra bien plus pour transformer en profondeur un secteur qui reste, pour l’essentiel, à la merci des caprices de la météo et des marchés internationaux.

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