Le Cameroun traverse une crise de trésorerie qui s’aggrave, à l’heure même où une mission du Fonds monétaire international séjourne à Yaoundé pour évaluer la situation macroéconomique et budgétaire du pays. Seulement 28,8 % des fonds attendus par l’État auraient été effectivement mobilisés, un niveau qui traduit un décalage sévère entre les ambitions affichées dans la loi de finances 2026 et la réalité des caisses publiques.

Cette alerte intervient dans un contexte déjà documenté par les propres services de l’État. Le Document de programmation économique et budgétaire à moyen terme 2027-2029, présenté le 3 juillet 2026 par le ministre des Finances, Louis Paul Motazé, à l’Assemblée nationale, reconnaît qu’au premier trimestre 2026, le gouvernement n’a mobilisé que 1 331,7 milliards de FCFA sur un objectif de 2 181 milliards, soit un taux de réalisation de 61 %. Le décrochage est plus sévère encore du côté des emprunts et des dons, réalisés à seulement 16,6 % de l’objectif fixé pour la période.
L’exécution des investissements publics illustre la même fragilité : les dépenses ordonnancées à fin mars ne dépassaient pas 45 milliards de FCFA, contre 175,5 milliards un an plus tôt, un taux d’exécution de 15,3 % contre 19,6 % en 2025. Pendant ce temps, la Caisse autonome d’amortissement recense plus de 5 600 milliards de FCFA de financements extérieurs déjà signés avec les bailleurs mais toujours non décaissés, faute d’absorption administrative : des ressources disponibles que l’État peine à transformer en dépenses effectives sur le terrain.
C’est dans cette conjoncture que la délégation du FMI, conduite par Christine Dieterich, a été reçue le 17 septembre 2026 par le ministre des Finances Louis Paul Motazé, entouré du ministre délégué Yaouba Abdoulaye. La mission salue la solidité budgétaire théorique du pays tout en pointant des tensions sur la trésorerie et sur la dette, dont l’encours atteignait 15 416 milliards de FCFA à fin mars 2026, soit 44,3 % du PIB. Le service de la dette devrait, selon le FMI, absorber environ 17 % des recettes fiscales sur les trois prochains exercices, réduisant d’autant la flexibilité du budget.
La conclusion d’un nouveau programme avec le FMI figure désormais parmi les priorités explicites de l’orientation budgétaire 2027-2029 du gouvernement. Mais un tel programme repose sur un cadrage crédible (trajectoire de recettes, de dépenses, de dette) que les chiffres d’exécution actuels rendent difficile à défendre. Pour les fonctionnaires en attente de paiements, les fournisseurs de l’État et les projets d’infrastructures suspendus, cette crise de trésorerie n’est pas une abstraction statistique : elle se traduit par des retards concrets qui pèsent sur l’économie réelle, pendant que la communication officielle continue de vanter la stabilité macroéconomique du pays.