Le 7 octobre 2025, à quelques jours du scrutin présidentiel, Paul Biya s’adressait aux populations du septentrion lors de son grand rassemblement de campagne à Maroua. Devant un auditoire venu entendre les orientations de la nation, le candidat du RDPC plaçait son possible nouveau mandat sous le signe du renouvellement, désignant explicitement la jeunesse et les femmes comme les priorités absolues de son action future. Un an jour pour jour après cette allocution solennelle, l’examen de la situation nationale révèle une paralysie institutionnelle aiguë et un décalage vertigineux entre les déclarations d’intention et la réalité du pouvoir.

Dans son discours, Paul Biya formulait une promesse centrale : « J’ai pris l’engagement que la situation des femmes et des jeunes serait au cœur de mes préoccupations au cours du septennat à venir. Je tiendrai parole ». Il ajoutait, face aux difficultés socio-économiques croissantes : « Je ne me résignerai jamais à la situation actuelle. Je ne prendrai aucun repos tant que des progrès significatifs n’auront pas été réalisés en la matière ».
Une inertie gouvernementale et un verrouillage gérontocratique
Douze mois plus tard, la promesse d’un « septennat des femmes et des jeunes » s’est heurtée à une immobilité politique totale. Contre toute attente, aucun remaniement d’ampleur n’a été opéré : le pays reste dirigé par une équipe gouvernementale inchangée depuis janvier 2019, dominée par des figures historiques sans renouvellement générationnel ni parité de genre. Aucune femme ni aucun jeune n’a été nommé à la tête d’un ministère stratégique (Défense, Finances, Administration territoriale) ou d’une grande entreprise publique.
La réforme constitutionnelle ayant créé le poste de vice-président de la République (présenté comme une avancée institutionnelle majeure et un organe de transition administrative) demeure elle aussi inactive, le titre restant non attribué. Pendant ce temps, le chef de l’État maintient une posture de retrait : les rares actes officiels et décrets publiés sur ses canaux de communication portent quasi exclusivement sur le réaménagement des commandements au sein des forces armées ou sur l’autorisation d’emprunts obligataires pour combler le déficit budgétaire.
Chômage, insécurité routière et drames sociaux
Sur le plan économique et social, le quotidien de la population ne reflète aucune des inflexions promises à Maroua :
L’emploi des jeunes au point mort : Les programmes d’insertion professionnelle et les mesures d’accompagnement du secteur privé tardent à se concrétiser, laissant diplômés et travailleurs informels face à un sous-emploi structurel majeurs.
Le délabrement des infrastructures : Les chantiers de construction et d’entretien des grands axes routiers accumulent les retards, transformant plusieurs corridors économiques régionaux en calvaires logistiques récurrents.
La vulnérabilité des femmes et les féminicides : L’affirmation selon laquelle les femmes constitueraient le cœur du mandat contraste douloureusement avec la hausse des cas de féminicides et de violences basées sur le genre documentés ces derniers mois. L’absence de réponses législatives et judiciaires fortes renforce le sentiment d’abandon des victimes face à l’insécurité.
L’analyse factuelle de cette première année montre que la feuille de route énoncée le 7 octobre 2025 à Maroua s’apparente pour l’instant à une posture électorale. Faute d’impulsion politique, de réformes structurelles et d’actes d’administration concrets, le pouvoir exécutif s’enferme dans un statu quo institutionnel où la parole présidentielle demeure déconnectée des urgences sanitaires, sécuritaires et économiques du pays.