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Pourquoi le Salvador déploie 2 000 soldats contre les gangs à Haïti, et ce que cache cette nouvelle intervention étrangère

Mimi Mefo Info Francais (Editor) by Mimi Mefo Info Francais (Editor)
October 31, 2026
in Français, International Relations & Diplomacy, Justice/Human Rights, News, Security
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Port-au-Prince est devenu le théâtre d’une nouvelle offensive internationale contre les groupes armés qui contrôlent une partie du territoire haïtien. À l’origine de cette mobilisation, la disparition de quatre militaires salvadoriens après une attaque attribuée à des gangs. Le président Nayib Bukele a dépêché environ 2 000 soldats, avec des moyens aériens et un appui logistique américain et dominicain. Mais derrière cette opération de secours se dessine une intervention militaire dont les objectifs, les limites et les conséquences pour la population haïtienne restent à préciser.

Haïti

Depuis le 18 octobre 2026, Haïti connaît une nouvelle escalade de son conflit avec les groupes armés. Le Salvador, petit pays d’Amérique centrale dirigé par Nayib Bukele, a considérablement renforcé sa présence militaire dans ce pays des Caraïbes. Selon les informations rapportées le 29 octobre par Reuters, environ 2 000 soldats salvadoriens étaient déjà présents sur le territoire haïtien. Deux sources citées par l’agence indiquaient que le contingent pourrait atteindre 2 500 hommes.

Cette mobilisation intervient dans un contexte où les autorités haïtiennes ne parviennent toujours pas à rétablir leur contrôle sur plusieurs quartiers de la capitale, Port-au-Prince, et sur des axes stratégiques du pays.

Contre qui se battent réellement les soldats ?

Tout commence le dimanche 18 octobre 2026, dans la zone de Croix-des-Bouquets, à proximité de Port-au-Prince.

Quatre membres de l’armée de l’air salvadorienne, affectés à la Force de répression des gangs (Gang Suppression Force, GSF), circulent à bord d’un véhicule blindé lorsqu’ils sont pris pour cible par des hommes armés. Le véhicule est attaqué à l’aide d’armes à feu et d’explosifs avant de prendre feu.

Les quatre militaires parviennent à sortir du véhicule incendié, mais disparaissent ensuite. Selon les autorités salvadoriennes, ils rentraient à leur base après avoir effectué des achats dans un marché.

Le président Nayib Bukele affirme alors que ses compatriotes ont été enlevés par des membres de gangs et exige leur libération, vivants et sans blessures. Le 21 octobre, il annonce le lancement d’une opération militaire destinée à les retrouver.

Nayeb Bukele, président du Salvador

Dans un premier temps, une centaine de soldats des forces spéciales sont envoyés en renfort. Le dispositif prend ensuite une autre dimension avec l’arrivée de plusieurs centaines, puis d’environ 2 000 militaires.

Le Salvador explique officiellement que cette intervention vise à retrouver les quatre techniciens aéronautiques et à soutenir la lutte contre les groupes criminels. Bukele précise que les quatre disparus ne sont pas des combattants, mais des spécialistes de l’aviation chargés notamment des évacuations médicales.

Le 29 octobre, le chef de l’État salvadorien indique que le déploiement est presque terminé et que son gouvernement prend en charge 90 % de son financement.

Contre qui se battent réellement les soldats ?

Il faut distinguer les responsables présumés de l’attaque du 18 octobre et les organisations criminelles qui constituent la cible plus large de la mission internationale.

L’attaque contre les quatre Salvadoriens s’est produite dans une zone associée au gang Chèn Méchan, également désigné sous le nom de Chen Mechan ou Chyen Mechan. Ce groupe opère notamment dans le secteur de Croix-des-Bouquets, à proximité des territoires contrôlés par le puissant gang 400 Mawozo.

Gang 400 Mawozo

Les autorités n’ont cependant pas établi publiquement, de manière définitive, l’identité de tous les auteurs de l’embuscade. Aucun groupe n’a officiellement revendiqué l’enlèvement. Le chef de 400 Mawozo a également nié toute implication directe.

Mais l’opération s’inscrit dans une confrontation beaucoup plus large avec les réseaux criminels haïtiens, notamment la coalition Viv Ansanm.

Cette alliance, dont le nom signifie « vivre ensemble » en créole haïtien, est née en septembre 2023 du rapprochement entre deux grandes coalitions qui se combattaient auparavant : le G9 et le G-Pèp.

À sa tête figure Jimmy Chérizier, surnommé « Barbecue », un ancien policier devenu l’un des chefs de gangs les plus connus du pays.

L’histoire de cette coalition est particulièrement révélatrice de la dégradation de la situation politique haïtienne. Pendant plusieurs années, les groupes du G9 et du G-Pèp se sont affrontés pour le contrôle des quartiers, des routes et des activités criminelles. Leur rapprochement a permis de constituer un front commun face aux autorités et aux opérations internationales annoncées contre eux.

Le 29 février 2024, Viv Ansanm lance une série d’attaques coordonnées contre des infrastructures stratégiques. Des prisons sont prises d’assaut, des bâtiments publics attaqués et l’aéroport international de Port-au-Prince paralysé. Cette offensive contribue à empêcher le retour du Premier ministre Ariel Henry, alors à l’étranger, et précipite sa démission.

Le Conseil de sécurité des Nations unies a officiellement inscrit Viv Ansanm sur sa liste de sanctions le 8 juillet 2025. L’organisation est notamment accusée d’avoir organisé des attaques contre les institutions publiques et d’avoir cherché à empêcher le rétablissement de l’autorité de l’État.

Il ne s’agit donc pas d’un simple affrontement entre policiers et petits délinquants. Ces groupes disposent d’armes de guerre, contrôlent des territoires, imposent des taxes aux commerçants et aux transporteurs, organisent des enlèvements et disposent de réseaux d’approvisionnement en armes.

La coalition Viv Ansanm n’est toutefois pas une organisation parfaitement centralisée : ses différentes composantes conservent leurs propres chefs, leurs territoires et leurs intérêts.

Pourquoi le Salvador intervient-il aussi massivement ?

Pour Nayib Bukele, cette opération constitue une première grande démonstration de sa politique sécuritaire hors des frontières salvadoriennes.

Depuis son arrivée au pouvoir en 2019, le président a construit une grande partie de sa popularité sur une offensive contre les gangs qui terrorisaient la population de son pays. Son gouvernement a notamment instauré un régime d’exception en 2022, permettant des arrestations massives.

Cette politique a entraîné une forte diminution des violences attribuées aux gangs au Salvador, mais elle a également fait l’objet de nombreuses critiques d’organisations de défense des droits humains concernant les détentions arbitraires, les conditions carcérales et les atteintes aux garanties judiciaires.

L’intervention haïtienne offre à Bukele l’occasion de présenter son modèle comme une réponse possible à l’insécurité dans d’autres pays.

Il y a également un enjeu politique intérieur. Selon un sondage CID Gallup rapporté par Reuters le 29 octobre, 86 % des Salvadoriens interrogés approuvaient la mission en Haïti, même si 82 % exprimaient également des inquiétudes pour la sécurité de leurs compatriotes déployés.

Sur le plan financier, le président affirme que son pays assume 90 % des dépenses de l’opération. Cette mobilisation représente donc un engagement important pour un pays dont les ressources sont sans commune mesure avec celles des grandes puissances militaires.

Il reste cependant à savoir si la méthode salvadorienne peut être reproduite en Haïti. Les deux situations ne sont pas identiques. En Haïti, les institutions judiciaires sont fragilisées, les prisons sont surpeuplées, la police manque de moyens et plusieurs organisations criminelles bénéficient d’implantations territoriales profondes. Le recrutement de mineurs par les gangs complique également toute stratégie exclusivement militaire.

Les États-Unis et la République dominicaine apportent leur soutien

Le déploiement salvadorien ne se fait pas sans assistance extérieure.

Les États-Unis ont notamment fourni des avions de transport militaires C-130 pour faciliter l’acheminement des soldats. Cette participation logistique est confirmée par un responsable militaire américain cité par Reuters.

La République dominicaine, pays qui partage l’île d’Hispaniola avec Haïti, apporte également un soutien logistique. Selon le quotidien dominicain Diario Libre, sept hélicoptères, dont cinq MD500E salvadoriens et deux Black Hawk, ont effectué une escale sur le territoire dominicain avant de rejoindre Haïti.

Santo Domingo facilite ainsi le transit des militaires, le déplacement des équipements et les évacuations médicales. Les informations publiées par le journal dominicain précisent toutefois que cette assistance ne signifie pas une participation directe des forces dominicaines aux combats.

Il faut également rappeler que l’opération intervient dans le cadre d’un dispositif international plus vaste : la Gang Suppression Force, autorisée par le Conseil de sécurité de l’ONU.

Cette force comprend des contingents de plusieurs pays, notamment le Tchad, le Guatemala, le Sri Lanka, la Jamaïque, la Mongolie et le Salvador. Elle a succédé à la Mission multinationale d’appui à la sécurité, qui était principalement conduite par le Kenya.

Par ailleurs, Haïti a recours à Vectus Global, une société militaire privée fondée par Erik Prince, connu pour avoir créé Blackwater. Cette entreprise intervient dans le dispositif sécuritaire haïtien, notamment dans des opérations utilisant des moyens technologiques et des drones. Son rôle exact dans les opérations déclenchées après le 18 octobre reste toutefois à distinguer de celui des contingents militaires officiels.

Pourquoi l’armée haïtienne n’a-t-elle pas pris les devants ?

C’est l’une des interrogations que soulève cette nouvelle intervention : comment un pays peut-il laisser des forces étrangères prendre une place aussi importante dans ses opérations de sécurité intérieure ?

Pour comprendre cette situation, il faut revenir sur l’histoire de l’armée haïtienne.

Les Forces armées d’Haïti ont été dissoutes en 1995, après des années de coups d’État, d’interventions politiques et d’accusations de violations des droits humains. L’institution a été rétablie en 2017 sous la présidence de Jovenel Moïse, après plusieurs décennies d’absence.

Mais cette reconstitution ne lui a pas immédiatement donné les capacités d’une véritable armée opérationnelle.

Un rapport des Nations unies publié en février 2025 estimait ses effectifs à environ 865 militaires, dont 124 femmes. L’institution était alors décrite comme insuffisamment équipée. Elle avait notamment pour missions la protection des frontières, l’assistance en cas de catastrophe et l’appui aux autorités civiles.

En réalité, la Police nationale d’Haïti (PNH) constitue le principal instrument de lutte contre la criminalité et de maintien de l’ordre intérieur.

Cette police est elle-même confrontée à de graves difficultés : manque d’effectifs, équipements insuffisants, problèmes de financement, corruption et pertes humaines dans les affrontements avec les gangs.

Un rapport du secrétaire général des Nations unies a d’ailleurs souligné que la police pouvait reprendre certains quartiers au cours d’opérations, mais éprouvait des difficultés à y maintenir durablement la présence de l’État. Les gangs profitaient alors du retrait des forces de sécurité pour revenir.

L’armée haïtienne n’est donc pas totalement absente du combat. Depuis 2024, elle apporte un soutien croissant aux opérations policières et contribue à la sécurisation de certains territoires reconquis.

Mais elle ne dispose pas, à elle seule, des effectifs, de l’équipement et des capacités logistiques nécessaires pour conduire une offensive nationale de grande ampleur.

Il faut aussi rappeler que la résolution 2793 du Conseil de sécurité, adoptée le 30 septembre 2025, autorise expressément la Force de répression des gangs à conduire des opérations avec la Police nationale haïtienne et les Forces armées d’Haïti, ou indépendamment de celles-ci lorsque les circonstances le justifient.

L’intervention étrangère n’est donc pas juridiquement censée remplacer définitivement les institutions nationales. Elle doit contribuer à renforcer leurs capacités.

Quel bilan au 31 octobre 2026 ?

À cette date, il est encore trop tôt pour parler d’une victoire militaire ou d’un succès opérationnel de l’intervention salvadorienne.

Le premier objectif, qui consiste à retrouver les quatre techniciens aéronautiques disparus, n’est toujours pas officiellement atteint.

Des restes humains ont été remis aux équipes salvadoriennes à l’aéroport de Port-au-Prince. Mais le 24 octobre, Nayib Bukele a affirmé qu’ils ne correspondaient pas à ses compatriotes. Le 31 octobre, l’Associated Press rapporte que les autorités salvadoriennes maintiennent cette position. Les corps retrouvés n’ont pas été formellement identifiés comme ceux des quatre techniciens. Des informations contradictoires ont toutefois circulé, notamment après des révélations du New York Times évoquant la possibilité que les restes puissent être ceux des disparus et nécessitent des analyses médico-légales.

Sur le terrain, les affrontements se poursuivent dans les secteurs concernés. Reuters rapporte des tirs nourris, des frappes de drones et de possibles victimes civiles depuis le début de l’escalade. Les autorités n’ont pas publié de bilan consolidé des morts et des blessés imputables spécifiquement à l’opération salvadorienne.

Deux travailleurs humanitaires haïtiens du Conseil norvégien pour les réfugiés, Bonaparte Février et Richard Alexandre, ont par ailleurs été tués à Port-au-Prince le 28 octobre. L’organisation a condamné ces assassinats le lendemain. Il serait cependant inexact de les présenter comme des victimes directement identifiées de l’offensive salvadorienne sans confirmation de leur lien avec les combats.

À l’échelle nationale, la situation reste particulièrement préoccupante. Les Nations unies estiment que près de 1,5 million de personnes ont été déplacées par les violences. Les affrontements, les enlèvements, les massacres et les opérations de sécurité continuent de bouleverser la vie des populations.

Un autre élément illustre les difficultés auxquelles le pays fait face : les élections générales, initialement envisagées pour décembre 2026, ont de nouveau été reportées. Selon Reuters, le premier tour de la présidentielle est désormais prévu le 18 juillet 2027, avec un second tour et des élections locales annoncés pour le 4 octobre 2027.

Que dit la communauté internationale ?

La communauté internationale soutient officiellement le renforcement de la lutte contre les gangs, mais insiste sur la souveraineté haïtienne et la protection des populations.

Le 29 septembre 2026, le Conseil de sécurité des Nations unies a adopté la résolution 2829, prolongeant de six mois le mandat de la Gang Suppression Force, jusqu’au 31 mars 2027. Le texte a recueilli 12 voix favorables et trois abstentions : celles de la Chine, du Pakistan et de la Russie.

Le Conseil demande aux États membres de renforcer les moyens de la mission et à l’ONU de poursuivre son soutien logistique et opérationnel. Il rappelle également que les autorités haïtiennes restent les premières responsables de la sécurité et de la protection des civils.

Le 19 octobre, soit au lendemain de l’attaque contre les quatre Salvadoriens, les responsables onusiens ont également insisté sur la nécessité d’accélérer le déploiement de la force internationale. Des contingents du Bangladesh, du Tchad, du Guatemala et du Sri Lanka sont notamment venus renforcer le dispositif.

L’Organisation des États américains (OEA) avait, pour sa part, appelé dès le 25 septembre à une mobilisation des moyens humains, financiers et logistiques nécessaires à la pleine mise en place de la force. Ses 32 États membres actifs ont réaffirmé leur attachement à des solutions dirigées par les Haïtiens, en coordination avec l’ONU et la CARICOM.

Toutefois, le soutien international ne signifie pas un blanc-seing donné aux forces étrangères. Les opérations doivent respecter le droit international humanitaire, les droits humains et les règles d’engagement prévues par leur mandat.

Les inquiétudes portent notamment sur les risques de victimes civiles, l’absence de couloirs humanitaires clairement identifiés dans certaines zones et le manque de transparence concernant le commandement des nouveaux contingents salvadoriens.

Une intervention dont l’issue reste incertaine

Pour le Salvador, Haïti représente désormais un test grandeur nature de sa stratégie de lutte contre les gangs à l’étranger. Pour les autorités haïtiennes, cette arrivée constitue un renfort militaire important, alors que leurs propres forces peinent à reprendre durablement le contrôle du territoire.

Mais une question fondamentale demeure : que se passera-t-il lorsque les soldats étrangers repartiront ?

L’expérience des précédentes interventions internationales en Haïti montre que la reconquête militaire de certains quartiers ne suffit pas à rétablir durablement l’autorité de l’État. Sans police opérationnelle, justice fonctionnelle, institutions crédibles et contrôle des circuits d’approvisionnement en armes, les groupes criminels peuvent se reconstituer.

Pour les populations haïtiennes, l’enjeu dépasse donc la disparition de quatre militaires étrangers ou la neutralisation de quelques chefs de gangs. Il s’agit de pouvoir circuler librement, travailler, accéder aux services publics et vivre sans craindre les enlèvements ou les fusillades.

C’est à cette réalité que devra être confrontée l’opération conduite avec le Salvador. Le nombre de soldats déployés ne suffira pas, à lui seul, à mesurer son succès.

MMINews

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Tags: Broadcast Media NewsCameroon newsChèn mechanChen méchantGang 400 MawozoGuerre en HaïtiHaïtiIndependent news reportingIntervention militaire à HaïtiMimi Mefo InfoMimi Mefo TakambouNayeb BukeleOnline news channelSoldats Salvador
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