Le ministre de la Santé publique du Cameroun annonce que la médecine nucléaire sera bientôt possible à Douala. Il ajoute que le Cameroun sera l’un des pays d’Afrique où le tourisme sanitaire sera effectif. Une manière pour le patron de la santé au Cameroun d’affirmer que le plateau technique prend une nouvelle dimension dans le pays.

Mais de quoi parle-t-on exactement lorsqu’on évoque la médecine nucléaire ? Il s’agit d’une spécialité médicale qui utilise de faibles quantités de substances radioactives, appelées radiopharmaceutiques, pour diagnostiquer ou traiter certaines maladies. Ces produits peuvent être injectés dans le sang, avalés ou inhalés. Une fois dans l’organisme, ils permettent aux médecins d’observer le fonctionnement des organes grâce à des appareils spécialisés, notamment les caméras gamma et les scanners PET. Cette technique aide à détecter certaines anomalies parfois difficiles à identifier avec les examens classiques.
La médecine nucléaire intervient notamment dans la prise en charge de certains cancers, des maladies de la thyroïde, ainsi que de certaines affections cardiaques, osseuses et neurologiques. Elle peut servir à repérer des cellules malades, à suivre l’évolution d’une maladie ou, dans certains cas, à détruire directement des cellules cancéreuses grâce à des traitements radioactifs ciblés. Elle ne concerne cependant pas tous les patients : son utilisation dépend de la maladie diagnostiquée et de l’avis des spécialistes.
Comment se portent déjà les hôpitaux camerounais sur le terrain ?
Les facilités annoncées par le Minsanté pour la prise en charge des patients dans les hôpitaux du Cameroun sont-elles effectivement accessibles ?
À regarder les équipements installés dans certains hôpitaux, notamment les CHR dans les régions et les hôpitaux généraux de Douala et Yaoundé, on pourrait accorder du crédit aux déclarations du Dr Manaouda Malachie.
Mais là où le problème se pose, c’est au niveau de l’effectivité et de la qualité de la prise en charge des patients dans ces établissements. On rencontre encore, dans de nombreux établissements sanitaires au Cameroun, des femmes enceintes qui meurent faute de moyens de prise en charge. D’autres sont séquestrées avec leurs bébés pour non-paiement de factures exorbitantes.
Sans compter le nombre de Camerounais qui lancent quotidiennement des appels à l’aide sur les réseaux sociaux pour solliciter la générosité de personnes de bonne volonté et obtenir un soutien financier pour leurs soins. Tout cela alors que le ministre Manaouda Malachie ne cesse de clamer qu’avec 6 000 FCFA, une femme enceinte peut bénéficier au Cameroun d’une prise en charge allant du suivi de la grossesse jusqu’à l’accouchement. Il nous a même présenté, dans un CHR à Garoua, des machines capables de traiter le cancer et d’autres maladies délicates.
Si tout cela est effectivement une réalité et que, selon ses déclarations, les hôpitaux camerounais disposent de plateaux techniques comparables à ceux des pays développés, comment expliquer qu’aucune autorité camerounaise, pas même le président de la République, dont il affirme appliquer la politique de santé, ne se fasse soigner dans ces hôpitaux ? On se souvient encore que le président du Conseil constitutionnel, Clément Atangana, est décédé à Paris, après avoir tenté en vain de recouvrer la santé à l’Hôpital général de Yaoundé.
Paul Biya lui-même semble avoir un abonnement premium en Suisse pour ses soins. Sans parler du défunt président du Sénat et d’autres personnalités.
Comment le Cameroun compte-t-il pratiquer la médecine nucléaire lorsque de nombreux patients meurent encore de maladies pourtant courantes, faute de soins appropriés ? Que compte faire le ministre de la Santé pour changer les mentalités de certains personnels soignants, dont les comportements précipitent trop souvent les malades vers la tombe ? Comment compte-t-il faire pour que la santé devienne une priorité pour ces personnels, dont certains semblent placer l’argent au-dessus de tout dans les hôpitaux ? Enfin, comment compte-t-il leur apprendre à mieux traiter les patients et à établir avec eux une relation plus humaine ?
Car, au bout du compte, le rétablissement d’un patient dépend aussi de la manière dont il est traité à l’hôpital. Il est inconcevable que des mamans qui viennent de donner naissance soient obligées de partager des lits de maternité, faute de places.
Le ministre Manaouda Malachie devrait expliquer aux Camerounais comment bénéficier concrètement d’une prise en charge de la grossesse à l’accouchement pour seulement 6 000 FCFA. C’est par une meilleure diffusion de l’information et une sensibilisation accrue sur le terrain que les premières avancées pourront se concrétiser.