Cameroon

Barrage de Kikot : un chantier titanesque annoncé pour 2027, mais des incertitudes demeurent

Le Cameroun annonce le début des travaux du barrage hydroélectrique de Kikot en 2027, avec une mise en service prévue pour 2033. Cette infrastructure de 500 MW, censée devenir la plus puissante du pays devant Nachtigal (420 MW), porterait la capacité installée nationale à 2 719 MW. Ce projet, piloté par la société française EDF et soutenu par la Banque mondiale via la SFI, est présenté comme un levier majeur vers l’objectif ambitieux de 5 000 MW fixé par la Stratégie nationale de développement 2020–2030. Mais au-delà des chiffres flatteurs, ce chantier colossal, dont le coût dépasse déjà le milliard d’euros, soulève de nombreuses interrogations.

D’un point de vue énergétique, le barrage de Kikot est une promesse séduisante. En théorie, il permettrait d’atténuer les coupures chroniques qui pénalisent aussi bien les ménages que les industries camerounaises. Toutefois, les retards habituels des grands projets d’infrastructures au Cameroun appellent à la prudence. Le barrage de Lom Pangar, par exemple, a vu ses délais exploser et son coût multiplié, tout comme Memve’ele. Le spectre de ces précédents plane inévitablement sur Kikot.

Sur le plan financier, la dépendance aux bailleurs internationaux pour le montage de projets aussi stratégiques montre une certaine fragilité de l’État dans la mobilisation de ressources internes. L’implication de la SFI et d’autres partenaires rassure certes sur la faisabilité, mais pose la question de la souveraineté énergétique. Quelles seront les conditions des prêts ? Quelle part d’exploitation reviendra effectivement au Cameroun ? Le manque de transparence habituel dans ce type de partenariat public-privé reste préoccupant.

Enfin, l’enthousiasme autour du caractère « bas-carbone » de l’ouvrage, présenté comme une vitrine écologique pour l’Afrique centrale, mérite d’être nuancé. Si l’hydroélectricité est moins polluante que le thermique, les impacts sociaux et environnementaux des barrages, notamment sur les populations riveraines, sont souvent minimisés. Le projet de Kikot ne fait pour l’instant l’objet d’aucune communication officielle sur les déplacements de populations ou la compensation des terres. Le développement ne peut être durable que s’il est aussi équitable.

Gilles Noubissi

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