Cameroon

Cameroun : des centres de négoce pour freiner la contrebande à l’Extrême-Nord

Pour tenter de reprendre le contrôle des flux commerciaux aux frontières avec le Tchad et le Nigéria, le gouvernement camerounais mise désormais sur la création de centres de négoce dans quatre localités stratégiques de l’Extrême-Nord. Signées le 26 août dernier à Maroua, les conventions entre la Direction générale des Douanes et les communes de Fotokol, Mora, Kolofata et Bourha marquent une nouvelle étape dans la lutte contre la fraude et le commerce informel qui minent les recettes publiques.

Ces plateformes, pensées comme des guichets uniques d’entrée et de sortie des marchandises, doivent permettre une meilleure traçabilité des produits et une interconnexion entre Douanes, Impôts et Trésor. Objectif : sécuriser les recettes, réduire les circuits parallèles et introduire un contrôle citoyen pour limiter la corruption. Pour le ministre des Finances, Louis Paul Motaze, les ressources générées – plafonnées à 500 millions FCFA par commune – constitueront un levier direct de développement local et un outil contre la pauvreté.

Derrière cette initiative se cache toutefois un enjeu plus large : celui de l’efficacité réelle de l’État face à des pratiques enracinées depuis des décennies. Les pertes liées à la contrebande, notamment du carburant, du bétail ou des produits de consommation, affaiblissent régulièrement les finances publiques. Les projections ambitieuses de porter les recettes douanières annuelles de 1 136,2 milliards FCFA en 2025 à 1 445 milliards en 2028 ne pourront se concrétiser que si les nouveaux dispositifs s’accompagnent d’un contrôle rigoureux et d’une volonté politique ferme.

En clair, la réussite de ces centres de négoce dépendra moins de leur inauguration que de leur gestion quotidienne. Si l’État parvient à casser l’emprise des réseaux de fraude et à rétablir la confiance entre commerçants, collectivités et administration, l’Extrême-Nord pourrait devenir un modèle de gouvernance locale. Dans le cas contraire, ces structures risquent de n’être qu’une vitrine supplémentaire face à une contrebande qui, elle, ne cesse de prospérer.

Bachirou Elhadj BDO

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