Africa

Cameroun – Tanzanie : quand l’Union africaine s’empresse de féliciter des victoires contestées.

L’Union africaine (UA) traverse une nouvelle zone de turbulence diplomatique après ses félicitations adressées à Paul Biya au Cameroun et à Samia Suluhu Hassan en Tanzanie, deux dirigeants proclamés vainqueurs d’élections jugées controversées. En quelques jours, l’organisation panafricaine s’est attiré les critiques d’une partie de l’opinion africaine et internationale, qui l’accusent de fermer les yeux sur les crises post-électorales et de trahir les principes mêmes de la Charte africaine de la démocratie, des élections et de la gouvernance.

Au Cameroun, le Conseil constitutionnel a confirmé lundi dernier la victoire de Paul Biya avec 53,66 % des voix, déclenchant une vague de manifestations sans précédent dans plusieurs villes du pays et au sein de la diaspora. Les partisans de l’opposant Issa Tchiroma Bakary affirment que leur candidat est le véritable vainqueur du scrutin et dénoncent un “hold-up électoral” orchestré par les institutions proches du pouvoir. Le climat social est tendu : les forces de l’ordre ont violemment dispersé les rassemblements, causant la mort de plusieurs jeunes manifestants. Malgré ce contexte explosif, l’Union africaine a rapidement adressé ses félicitations au président sortant, une attitude perçue comme un soutien implicite à un régime accusé d’autoritarisme.

En Tanzanie, la réélection de Samia Suluhu Hassan s’est déroulée dans un climat similaire. Le président de la Commission de l’UA, Mahmoud Ali Youssouf, a certes “regretté les pertes en vies humaines” lors des manifestations post-électorales, mais ses félicitations ont été perçues comme une caution politique donnée à un pouvoir en crise de légitimité. Pour beaucoup, l’UA persiste dans une diplomatie de façade : elle prêche la paix et la stabilité, mais reste silencieuse sur les atteintes aux libertés fondamentales, sur la répression des opposants et sur l’absence de transparence dans les processus électoraux.

Ces prises de position successives révèlent un malaise profond au sein de l’Union africaine, de plus en plus critiquée pour sa timidité face aux dérives autoritaires sur le continent. En privilégiant la stabilité à court terme au détriment de la vérité des urnes, l’organisation risque de compromettre sa crédibilité et d’alimenter le sentiment de désillusion démocratique qui gagne les jeunesses africaines. Car à force de féliciter les vainqueurs contestés, l’UA s’éloigne de sa mission historique : défendre la voix des peuples, et non celle des pouvoirs établis.

Mimi Mefo Info Francais (Editor)

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