Le dernier rapport de l’institut suédois V-Dem sur l’état de la démocratie en Afrique dresse un constat inquiétant : le Cameroun est désormais classé parmi les régimes autocratiques électoraux du continent. Aux côtés de pays comme la Tanzanie, l’Ouganda ou le Zimbabwe, le pays de Paul Biya représente la tendance lourde d’un recul démocratique en Afrique subsaharienne. Selon les chercheurs de V-Dem, près de 64 % des Africains vivent aujourd’hui sous des régimes où les élections existent mais ne garantissent ni la transparence ni l’alternance politique, confirmant ainsi un déclin global des libertés publiques sur le continent.
Le rapport, fondé sur des indices précis de démocratie libérale et électorale, mesure notamment la protection des libertés individuelles, la séparation des pouvoirs et la relation entre gouvernants et médias. Dans ce classement 2024, seuls 13 pays africains obtiennent le statut de démocraties électorales, tandis que deux seulement (les Seychelles et l’Afrique du Sud) sont considérés comme de véritables démocraties libérales. À l’inverse, 28 États, dont le Cameroun, s’enfoncent dans une logique d’autoritarisme électoral, où les urnes servent davantage à légitimer le pouvoir en place qu’à exprimer la volonté populaire.
Cette évaluation intervient dans un contexte politique tendu à Yaoundé, marqué par la contestation des résultats du scrutin présidentiel d’octobre 2025 et les appels à la désobéissance civile de figures de l’opposition. Malgré les déclarations officielles d’Élections Cameroon (ELECAM) vantant la régularité du processus, les observateurs pointent des irrégularités récurrentes, un climat de peur et un contrôle étroit des médias. Des conditions qui, selon V-Dem, traduisent l’absence d’un environnement véritablement pluraliste et compétitif.
Au-delà du cas camerounais, le rapport met en lumière une érosion démocratique généralisée en Afrique, aggravée par les coups d’État successifs au Sahel entre 2020 et 2023 et par la montée des régimes autoritaires. Face à cette dérive, les pays comme le Ghana, le Cap-Vert ou le Botswana apparaissent comme des exceptions fragiles mais inspirantes. Pour le Cameroun, cette nouvelle classification constitue un avertissement clair : sans réformes institutionnelles profondes et une réelle ouverture politique, la façade électorale risque de ne plus suffire à masquer un autoritarisme désormais assumé.
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