Cameroon

Camtel : des milliards engloutis dans les câbles sous-marins pour une exploitation dérisoire

Dix ans après avoir investi près de 100 milliards de FCFA dans le projet de fibre optique nationale, Cameroon Telecommunications (Camtel) n’exploite que 16 % des capacités de ses quatre câbles sous-marins. Cette sous-utilisation, dénoncée par la Chambre des comptes de la Cour suprême dans un rapport publié en 2024, tranche avec la mauvaise qualité de service décriée par les usagers. Elle pose une question dérangeante : comment justifier une telle gabegie alors que le pays croule sous les plaintes pour connexions instables, coûts exorbitants et absence de couverture fiable ?

Dans le détail, le constat est accablant : seulement 6 % de la capacité du câble South Atlantic Inter Link (SAIL) est utilisée, 29 % pour le SAT-3, 57 % pour le WACS, et 92 % pour le Nigeria Cameroon Submarine Cable Systems (NCSCS). La direction de Camtel tente de se défendre en évoquant le faible taux de pénétration d’Internet en Afrique centrale et des coûts de transit trop élevés. Mais ces explications peinent à convaincre, tant l’écart est grand entre les infrastructures disponibles et les besoins croissants d’un pays où étudiants, entreprises et ménages réclament désespérément une connectivité digne de ce nom.

La comparaison avec d’autres pays africains est encore plus douloureuse. Le Sénégal, avec son câble ACE, a su tirer parti de ses capacités pour démocratiser l’accès à Internet et attirer des investissements dans le numérique. Le Ghana et le Nigeria, connectés à plusieurs câbles sous-marins, affichent des coûts d’accès plus compétitifs et des vitesses de connexion bien supérieures à celles du Cameroun. Là où ces pays transforment leurs infrastructures en levier économique et en facteur d’attractivité pour les start-up et les multinationales, Yaoundé s’enlise dans la sous-utilisation et la surfacturation.

Le projet National Broadband Network (NBN I), financé à 85 % par Exim-Bank of China et à 15 % par le Fonds spécial des télécommunications, devait faire du Cameroun un hub numérique régional. Dix ans plus tard, il illustre surtout les contradictions d’un pays qui investit lourdement dans des infrastructures mais échoue à les transformer en moteur de développement. Entre sous-exploitation des câbles, tarifs inadaptés et absence de stratégie cohérente, la fibre optique camerounaise est devenue le symbole amer d’un potentiel immense gâché par l’improvisation et la mauvaise gouvernance.

Gilles Noubissi

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