Cameroon

Le CNC veut museler les débats politiques audiovisuels

À quelques semaines d’une élection présidentielle décisive, le Conseil national de la communication (CNC) a annoncé qu’il suspendra les débats politiques radiophoniques et télévisés qui ne s’inscriraient pas dans le cadre des « programmes officiels de campagne ». Officiellement motivée par la volonté de préserver l’ordre public et d’assurer le bon déroulement du scrutin, cette décision suscite déjà une vive controverse : elle pourrait réduire au silence l’un des rares espaces où les citoyens camerounais pouvaient assister à une confrontation directe des idées.

Dans un pays où la télévision et la radio demeurent les principaux vecteurs d’information, l’impact d’une telle mesure interroge. Les campagnes électorales représentent traditionnellement un moment fort de pluralisme médiatique, permettant aux électeurs de comparer les projets des différents candidats. Limiter les débats au strict cadre de la propagande officielle revient à priver le public d’analyses indépendantes et de discussions contradictoires, essentielles à toute démocratie. Plusieurs professionnels des médias redoutent un appauvrissement du contenu éditorial et une perte de crédibilité face à une audience déjà méfiante.

La mesure du CNC s’inscrit dans un contexte politique où les libertés publiques apparaissent fragilisées. Le Cameroun, marqué par des tensions sociopolitiques et une défiance croissante envers ses institutions, ne peut se permettre d’étouffer le débat public à l’heure où les citoyens réclament davantage de transparence et d’équité. La question centrale reste de savoir qui définira la frontière entre « émission de campagne » et « débat politique », et avec quel degré d’impartialité. L’absence de clarté sur ce point laisse craindre une application sélective, voire arbitraire, au détriment des médias indépendants.

Cette décision, scrutée de près par la société civile et les observateurs internationaux, risque donc de peser lourdement sur la crédibilité du processus électoral. En bridant les médias audiovisuels, le CNC envoie un signal inquiétant : au lieu de renforcer le débat démocratique, l’institution semble privilégier le contrôle de la parole publique. Un choix qui pourrait, paradoxalement, nourrir la suspicion et accentuer la fracture entre gouvernants et gouvernés.

Gilles Noubissi

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