Dans une déclaration poignante et calculée, Christian Ntimbane Bomo, président du nouveau parti HERITAGE et candidat déclaré à la présidentielle de 2025, tend une main inattendue à Paul Biya. L’avocat et homme politique propose que l’État consacre 30 milliards FCFA à la création d’une “Fondation Paul Biya pour la Démocratie”, véritable centre de recherche et de mémoire politique, à condition que le chef de l’État accepte de se retirer dans la dignité en organisant une élection libre, inclusive et transparente cette année. Une initiative qui lie reconnaissance historique et exigence démocratique, dans un pays où l’alternance n’a jamais été plus qu’un vœu pieux.
Dans sa tribune, Christian Ntimbane Bomo rappelle que, comme ses prédécesseurs André-Marie Mbida et Ahmadou Ahidjo, Paul Biya a, lui aussi, marqué l’histoire du Cameroun par des réalisations qui méritent d’être préservées. Mais, à ses yeux, le moment est venu pour le président âgé de 92 ans de tourner la page du pouvoir pour entrer dans celle de la postérité. « Ce qui lui reste à gagner, ce n’est pas une élection de plus, mais son nom et son honneur », insiste-t-il. Le juriste exhorte donc le chef de l’État à saisir l’occasion unique de devenir le père de la démocratie camerounaise, à travers une sortie qui respecterait enfin les aspirations populaires et le jeu démocratique.
La fondation proposée serait bien plus qu’un monument commémoratif : elle se veut le plus grand centre de recherche en sciences politiques du continent, ainsi que la plus vaste bibliothèque africaine en la matière. Un projet ambitieux, en totale rupture avec l’image d’un régime souvent perçu comme hostile à la pensée critique et à la circulation du savoir. En citant une interview de Paul Biya en 1990, où ce dernier exprimait le souhait d’être « celui qui a apporté la démocratie et la prospérité à son pays », Christian Ntimbane Bomo renvoie le président à ses promesses inachevées et le met face à l’épreuve de vérité.
Derrière cette proposition se cache un pari politique audacieux : construire l’avenir démocratique du Cameroun sans renier son passé. Mais aussi un calcul stratégique. Car si l’idée peut séduire certains partisans du pouvoir en quête de réhabilitation historique, elle met surtout la pression sur un président de plus en plus isolé et contesté. Reste à savoir si l’intéressé, souvent sourd aux appels à l’alternance, saisira cette dernière chance de sortir par la grande porte.
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